Exposition

Visages de Jésus au XVIe siècle

Le Kunstmuseumde Bâle marque le demi-millénaire de la traduction du Nouveau Testament par Erasme

Pour commémorer les 500 ans de la publication de la traduction du Nouveau Testament par Erasme, une exposition d’une grande densité évoque à Bâle l’évolution de l’iconographie du Christ à cette époque, entre tradition, dévotion et nouvelles idées apportées par la Réforme. C’est ainsi que l’on suit dans l’ordre chronologique les épisodes de la vie de Jésus, de l’Annonciation à la mort et à la Résurrection, et au-delà (le merveilleux à l’œuvre dans les légendes tardives et apocryphes), en observant et en confrontant les versions de différents maîtres, des plus connus – Hans Baldung Grien, Niklaus Manuel Deutsch, Hans Holbein le Jeune, Matthias Grünewald, Albrecht Altdorfer ou Hans Fries – aux anonymes.

Des détails curieux

Bien sûr, il est un peu délicat, pour un non-spécialiste, de saisir la nature de ce glissement, d’une appréhension du divin fondée sur l’acceptation du mystère à une conception plus historienne, et raisonnable, si l’on ose dire. Les textes du catalogue aidant, et les yeux dessillés, on décèlera des détails curieux et significatifs, comme ce minuscule Enfant Jésus volant, à la suite de la colombe, vers l’oreille de la Vierge au moment de l’Annonciation, représentation, par le Maître du retable de Hohenlandenberg, de la manière dont le verbe se fait chair. Ou, pour épargner à Marie, mère du Christ, la notion de péché originel, l’idée de son immaculée conception, sa mère Anne, jamais mentionnée dans la Bible, apparaissant, dans la version d’un peintre souabe anonyme vers l’an 1500, plus grande, presque géante, selon une hiérarchie pointant le rôle de la succession des générations.

Ce cheminement à travers les images nous conduit vers l’œuvre horizontale, comme est horizontal tout corps à terre, de Holbein, Le Christ mort au tombeau (1521-22), point culminant, bien humble et bas, et combien impressionnant, de l’exposition. Cette représentation du cadavre porteur de stigmates, et placé dans une niche étroite et oppressante, fait ici l’objet d’une étude impliquant des radiographies et réflectographies infrarouges du tableau, ainsi que d’une comparaison avec des versions plus tourmentées, et moins radicales, de Grünewald. Question d’interprétation personnelle, mais aussi d’évolution des styles et des conceptions, et même des sentiments liés à la manière de vivre la foi et d’en témoigner.


«Archéologie du sacré», Kunstmuseum, Bâle, jusqu'au 8 janvier 2017. www.kunstmuseumbasel.ch

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