La visibilité lesbienne au cœur d’un congrès à Lausanne

Diversité Une journée de conférences fait le point sur la situation des femmes homosexuelles: santé, travail et représentation sociale

Si «lesbienne» offre sa première lettre à LGBTIQ, le sigle de ralliement des minorités lesbiennes, gay, bi, trans, intersexes et queer, les femmes homosexuelles n’en sont pas pour autant le groupe le mieux représenté sur l’échiquier du militantisme. Il y a même, parmi les lesbiennes engagées pour l’égalité, le sentiment d’un manque de visibilité, une carence en matière d’empowerment . Ce constat a motivé Carine Landolt, responsable des relations publiques du réseau professionnel de femmes homosexuelles LWork, à mettre sur pied un premier congrès suisse romand des femmes homosexuelles. Un état des lieux prospectif en matière de santé, de travail, de droit et de représentation, à suivre ce samedi au Casino de Montbenon, à Lausanne.

«Les femmes homosexuelles sont sur deux fronts, note Carine Landolt. D’une part, elles doivent se battre en tant que femmes (écarts salariaux par rapport aux hommes, sexisme); d’autre part, les lesbiennes doivent aussi faire face à une attitude encore très peu inclusive de la majorité hétérosexuelle vis-à-vis de toutes les personnes appartenant à une orientation sexuelle minoritaire.» En d’autres termes, les lesbiennes subissent à la fois machisme et homophobie. Elles partagent certaines revendications avec les mouvements féministes, tout en présentant des caractéristiques sociales propres.

La santé en fournit un bon exemple: «Une récente enquête menée par Profa en Suisse romande montre que d’une façon générale, la santé physique et psychique des femmes homosexuelles est moins bonne que celle des hétérosexuelles. Ainsi, 13,3% des lesbiennes ont une consommation d’alcool chronique à risque moyen (2-4 verres quotidiens), contre 4% chez les femmes hétérosexuelles. 6,5% étaient en recherche d’emploi contre 4% pour les femmes en Suisse romande pour la même période. Les chiffres concernant les tentatives de suicide sont aussi alarmants.»

Une société machiste

Des réalités qui, aujourd’hui encore, demeurent peu médiatisées. Les raisons à cela? D’abord le porte-à-faux avec les mouvements féministes de première vague, dans les années 1970. «Il s’agissait à l’époque des droits de la femme dans sa famille, sur son lieu de travail, pour le droit à l’avortement, explique une militante. Les revendications des femmes homosexuelles semblaient déconnectées de ces réalités. Les femmes homosexuelles, leurs questionnements, leur visibilité, les souffrances qu’elles pouvaient subir n’étaient pas pris en considération dans les mouvements féministes de cette époque.» Le volet «femme» de l’identité lesbienne en devient moins intelligible, moins facile à investir. Quant au volet homosexuel, il est très rapidement entrepris par les hommes gay, surtout à partir de l’épidémie de VIH qui sévit dans les années 1980 et 1990. Les terribles déchirures que la maladie fait planer sur les couples et les familles poussera la communauté gay à revendiquer ses droits à l’union civile et au mariage. Le militantisme homo en est alors perçu comme d’autant plus masculin.

«Il faut aussi voir que les gays, de par la structure machiste de la société, ont eu longtemps davantage de pouvoir économique pour se faire entendre – ils étaient plus hauts hiérarchiquement et avaient plus d’argent», observe la Canadienne Martine Roy, spécialiste de la diversité au travail invitée par le congrès. Cette cadre d’IBM prône l’inclusion des personnes LGBT dans le monde professionnel comme source de croissance et d’innovation. L’un des regroupements dont elle s’occupe outre-Atlantique compte 62 entreprises. «On finit toujours par évoquer sa vie privée au travail, son épouse, son compagnon. Si une société veut attirer des talents et motiver ses employés, il est primordial qu’elle instaure un climat de respect dans lequel chacune puisse s’exprimer librement.» Depuis cinq ans, Martine Roy a pris la présidence d’Emergence, une fondation LGBT d’envergure nationale. «C’est à ce niveau-là qu’on a besoin que les femmes soient plus visibles. Je le fais pour montrer l’exemple. Pour montrer qu’on a envie d’entendre ce qu’elles ont à dire. Je le ressens: les jeunes ont davantage envie de s’investir que les femmes de mon âge.» Carine Landolt: «L’époque des clivages est derrière. Nous sommes beaucoup plus associées aux mouvements féministes. Les femmes lesbiennes prennent leur essor au sein du militantisme LGBT. Mais cela ne doit pas nous faire oublier les problématiques fines, propres à chaque groupe, propres à chacun.»

Le sa 13 septembre à Lausanne. Ouvert à tout public, sur inscription www.congresromanddesfemmeshomosexuelles.com