Accords fiscaux, secret bancaire, multinationales avides et autres marques d’arrogance contribuent à renvoyer une image peu flatteuse de la Suisse. Simon Baumann et Andreas Pfiffner se proposent de corriger ce désagrément dans Image Problem. Ils sont partis faire leur Michael Moore dans nos Alpes de neige. Dans des jardins tip-top où chaque géranium est au garde-à-vous, dans des paysages «beaux comme un petit veau» (expression locale) ou des bourgades assoupies, les deux trublions tendent le micro aux passants. De préférence à des septuagénaires pavillonnaires vivant encore dans la hantise du bloc de l’Est ou à des joueurs de cor des Alpes ouverts sur l’Autre, mais pas sur les étrangers. Tous alémaniques, ruraux ou provinciaux: la Suisse urbaine, romande et italienne n’existe pas.

Evidemment, la bêtise montre son front de taureau. Un petit père à bob rouge regrette qu’«Adolfo n’ait pas fini le boulot». On découvre que le mot «nègre» est couramment usité chez certains concitoyens (par exemple dans la phrase «Un Turc vaut mieux que deux nègres – mais je ne veux pas passer pour un raciste»). Filmer de «vrais Suisses» devant la croix fédérale ou un nain de jardin ne mène pas très loin. Juste potaches lorsqu’ils ristournent aux Allemands l’argent de l’évasion fiscale en coupures d’opérette, les auteurs sont à peine plus convaincants lorsqu’ils égratignent les multinationales. Et assez drôles lorsqu’ils se permettent de délirer, faisant croiser sur l’alpage Miss Helvetia, une bimbo en toge, et un touriste africain cherchant le Cervin.

Manipulations goguenardes des personnes interrogées, persiflage perpétuel, Image Problem sinue à la limite de l’éthique. Bauann et Pfiffner en sont conscients puisqu’au générique de fin, ils vont à confesse…

Pour Alain Berset, ce film en Compétition permet, comme jadis Les Faiseurs de Suisses, de parler de notre identité, de «toucher nos points les plus sensibles». Entré en fonction il y a huit mois, le conseiller fédéral en charge de la Culture faisait sa première apparition officielle à Locarno, lors de la traditionnelle conférence de presse de l’Office fédéral de la culture (OFC), suivie du non moins traditionnel déjeuner sur l’herbe au Monte Verità, où les acteurs des scènes politique et culturelle partagent discours et risotto.

L’heure est à la sérénité. S’il accuse un léger fléchissement, le cinéma suisse tient son rang: en 2011, il a fait 802 622 entrées, soit 5,3% de parts de marché (contre 880 000 entrées et 5,8% de parts de marché en 2010). Au sommet du Top 30 des films suisses trône Der Verdingbub (L’Enfance volée) de Markus Imboden, avec 188 891 entrées. Il est suivi par La Petite chambre de Stéphanie Chuat et Véronique Reymond (77 293 entrées). Vol spécial de Fernand Melgar vient en quatrième position (29 001 entrées).

De la densité de personnalités politiques présentes à Locarno, Alain Berset déduit que la culture compte pour la politique: elle est la «garantie d’une référence commune», elle transforme la diversité en ciment identitaire. Au cours des sept derniers mois, il a visité la Suisse culturelle, du jazz au jodle. Mais, précise-t-il, «Je ne suis pas un artiste. Et les artistes n’ont pas à représenter la politique de l’Etat.» Face à une branche réconciliée, mais encore échaudée par les années durant lesquelles Pascal Couchepin et Nicolas Bideau l’ont secouée, le conseiller fédéral prend soin d’exposer sa position sur le rôle de l’Etat dans l’encouragement de la culture.

L’Etat pose un cadre, il entretient un climat favorable, il développe un dialogue. Son rôle n’est pas juste financier, il doit aussi identifier et anticiper les nouveaux champs de la création (numérique). «L’Etat doit vivre la culture avec modestie.» Enfin, il ne faut pas opposer qualité et succès: «Le succès ne se décrète pas, il s’entretient.» Notamment avec l’aide liée au succès. Reste à définir exactement le succès. Dépend-il du nombre des entrées en salles? De l’appréciation critique nationale et internationale? Pour Ivo Kummer, directeur de la section cinéma de l’OFC, le succès signifie «être différent des autres».

Destinés à la création cinématographique, les nouveaux régimes d’encouragement 2012-2015, résultant de longues discussions, sont entrés en vigueur au 1er janvier. Quarante-quatre experts, représentant la branche de façon plus large, sont entrés en fonction: leur incombe la tâche de lire les dossiers (déjà 303 au premier semestre contre 417 l’an dernier).

La Cérémonie de remise des Prix du Cinéma suisse (l’appellation «Quartz» est en passe d’être abrogée) s’ancrera profondément dans le paysage national en se déroulant alternativement à Genève et Zurich, soit les deux villes qui produisent le plus de films. Le cinéma suisse doit développer les coproductions avec l’étranger, essentielles pour cultiver le savoir-faire et s’inscrire dans une dynamique culturelle européenne.

Enfin, l’idée d’un Institut du cinéma indépendant de l’Administration fédérale, émise par Cinésuisse, l’association faîtière de la branche du cinéma et de l’audiovisuel, ne sera pas mise en œuvre. Parce qu’elle n’est techniquement pas réaliste. Et parce que l’Etat, selon Alain Berset, doit rester proche de la culture. Non pour la diriger, mais pour la soutenir.

Pour Alain Berset, la culture est la «garantie d’une référence commune»