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Visions du réel ou la belle vitalité du documentaire

Le Festival de cinéma de Nyon a accueilli 25 000 spectateurs. Il remettait samedi ses prix 2004. L'occasion pour Nicolas Philibert, le réalisateur d'«Etre et avoir», membre du jury international, de rappeler que la qualité d'un film n'est pas proportionnelle à la grandeur de la cause qu'il défend

Un jeune Brésilien entre dans une salle de tribunal. Ses jambes ne sont plus que moignons. Mais il est inculpé de vol. Sur sa chaise roulante, il explique qu'il avait le tort d'être là alors que les voleurs avaient fui en abandonnant leur butin. Mais le juge reste perplexe. Le procès suivra son cours. Le handicapé ne peut que supplier qu'on le renvoie à l'hôpital plutôt qu'en préventive, où il doit ramper sur le sol pour déféquer parmi les dizaines d'autres prisonniers entassés dans la même cellule. C'est le prologue de Justiça, Grand Prix Visions du réel 2004 (15 000 francs).

La réalisatrice, Maria Ramos, Brésilienne installée aux Pays-Bas, est une habituée de Nyon. Elle a cette fois convaincu le jury avec un film plus subtil que son prologue ne pourrait le laisser entendre. Une subtilité aux antipodes en fait de la machine judiciaire qu'elle décrit. Après cette mise en situation brutale, elle suivra les protagonistes de deux autres procès (l'inculpé, ses proches, le juge et la défense), sans jamais les interviewer, mais en captant leurs réactions en situation.

«Dès qu'on parle d'un documentaire, on ne peut s'empêcher de le définir par rapport à son sujet, et du même coup, on le réduit à un propos didactique, comme si ce n'était pas du cinéma», regrettait Nicolas Philibert, le réalisateur d'Etre et avoir, membre du jury international, avant d'annoncer les films récompensés lors de la cérémonie finale, samedi. Et de rappeler que ces documentaires ne sont pas le monde mais des interprétations et que «la qualité d'un film n'est pas proportionnelle à la grandeur ou à la justesse de la cause qu'il défend». Autant de rappels toujours bons à entendre même par un public qui a vu se multiplier les variétés d'écritures cinématographiques tout au long de la semaine. Ainsi des autres films récompensés par ce jury. Le Prix SRG SSR idée suisse (10 000 francs) va à Wellspring, «fable sur l'amour d'une grande force métaphorique». Le Chinois Sha Qing, «loin de tout sentimentalisme», y suit une famille dont un enfant, atteint de paralysie cérébrale, voit ses fonctions vitales s'éteindre peu à peu. Des mentions spéciales ont été aussi décernées à Que sera? du Suisse Dieter Fahrer, et à Arna's Children, de Juliano Mer Khamis et Danniel Danniel (LT du 21.04.2004).

Le Prix TSR du meilleur film suisse va à Blandine et les siens d'Emmanuelle de Riedmatten (LT 24.04.2004), tant pour la leçon de vie offerte par cette jeune rescapée du génocide rwandais que pour les qualités du film. Que sera? a également reçu le Prix Suissimage/Société suisse des auteurs (10 000 francs). Avant d'y tourner son documentaire, Dieter Fahrer s'est approché de ses protagonistes, des personnes âgées, en travaillant comme aide-soignant dans l'établissement bernois où elles résident, situé dans le même bâtiment qu'un jardin d'enfants. On retrouve la même implication dans le magnifique Grissinopoli, el pais de los grisines (Argentine), Prix du public (5000 francs). Dario Doria a en effet travaillé avec les ouvriers en lutte pour obtenir la gestion de leur usine de grissini.

Le jury Regards neufs a quant à lui remis deux prix (5000 francs chacun) à Das wirst du nie verstehen, d'Anja Salomonovitz (Autriche), sur la mémoire de la Seconde Guerre mondiale, et à La Peau trouée, de Julien Samani (France/Italie), film sans commentaire ni dialogue, voyage mythologique en compagnie d'un groupe de pêcheurs.

Comme en 2003, quelque 25 000 personnes ont fréquenté le festival qui se félicite par ailleurs du développement du marché du film documentaire. Nul doute qu'il cherchera à profiter de l'écho de cette 10e édition pour repartir à la recherche d'un sponsor susceptible d'améliorer son budget affaibli par le départ de UBS, même si la convention tripartite signée en février avec Nyon et le canton de Vaud lui garantit une base financière. La 11e édition est annoncée du 18 au 24 avril 2005.

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