Cinéma

Visions du Réel ou cent familles recomposées à Nyon

La 23e édition du Festival du film documentaire propose 179 œuvres venues de 55 pays et dessinant de nouvelles solidarités

Inégalités, ostracismes, frontières, murs… La société se morcelle toujours plus. Cet effritement engendre des solidarités de toutes sortes. Présenté en avant-première du festival, Encordés, de Frédéric Favre, suit trois équipes participant à la Patrouille des Glaciers: une corde et un objectif les unissent. Projeté lors de la cérémonie d’ouverture, The Grown-Ups, de Maite Alberdi, rencontre un groupe de quatre pâtissiers trisomiques rêvant d’une vie nouvelle.

Visions du Réel n’a pas choisi la famille pour thème de son édition 2017. Il s’est imposé par décantation. Après visionnement de 3700 films pour en sélectionner 179, il est apparu que, face aux défis, aux crises économiques et migratoires, l’humanité s’invente de nouveaux liens, de nouvelles formes d’entraide. Par exemple l’espoir collectif soulevé par Bernie Sanders lors de la dernière campagne présidentielle américaine (A Campaign of Their Own). Ou les préoccupations écologiques du nouveau maire de Messine (Upwelling). Ou encore le cérémonial qu’improvisent une ancienne prostituée et un vieux marin pour rendre hommage aux victimes d’un naufrage dans le golfe du Mexique (The Gaze of the Sea)…

Maître Cavalier

Réputés pour leur talent de documentaristes, les Suisses sont 36 à présenter leurs œuvres. En Compétition, Pierre-Alain Meier remonte la piste de migrants retrouvés noyés sur une plage de Mauritanie (Adieu à l’Afrique). Et Manuel von Stürler, confronté à un risque de cécité, s’interroge sur la réalité du regard (La Fureur de voir). La section Helvétiques ausculte la production nationale. Premiers Pas part à la découverte des jeunes talents. Grand Angle donne à voir le meilleur de la production internationale. Et Focus propose quarante films venus d’Afrique du Sud.

Le prix Maître du Réel est attribué à un vieil ami du festival, l’admirable Alain Cavalier qui, après avoir connu le succès dans la fiction (L’Insoumis, La Chamade, Thérèse) trace sa voie dans le documentaire. Ce créateur modeste a contacté le festival pour présenter des films «qui disent beaucoup de son activité de chercheur solitaire», explique Luciano Barisone. Ces Six Portraits XL, parfois réalisés sur une période de dix ans, parlent d’un cordonnier à l’écoute de ses clients, d’un comédien rejouant sans relâche le même rôle, d’une femme attachée à la maison de famille…

Après sept ans passés à la direction artistique de Visions du Réel, Luciano Barisone tire sa révérence. Entre 2011 et 2016, le nombre des spectateurs est passé de 20 000 à 39 000. Ce qui autorise le Président exécutif, Claude Ruey, à parler de «success story». Le festival est intégré à sa région, reconnu sur le plan international et national pour son esprit de découverte, son attention portée aux jeunes et ses filets de perches. L’esprit de famille, quoi.


Visions du Réel. Nyon. Du 21 au 29 avril. www.visionsdureel.ch

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