Cinéma

Visions du Réel: un demi-siècle de films documentaires à Nyon

La 50e édition du festival vaudois propose 169 œuvres venues de 58 pays et a Werner Herzog comme invité d’honneur

«Inspiration, création, partage» sont trois mots importants pour Agnès Varda, qui présente à Nyon Varda par Agnès. Le festival du film documentaire semble prêt à adopter ces trois commandements comme devise, selon Claude Ruey. Le président s’apprête à vivre sa 50e et dernière édition. Il était présent à la première, 20 ans tout rond, étudiant en sciences politiques, et évoque une période politique turbulente, quand «les films étaient communistes, sauf ceux qui étaient marxistes ou maoïstes», et les débats virulents.

Le monde a changé, le festival aussi. Il est devenu Visions du Réel en 1995 et a remplacé les brûlots politiques par des documentaires de création procédant d’un engagement citoyen et aptes à faire la part belle à l’invention formelle et la poésie. L’édition jubilaire est tournée «vers la mémoire et vers l’avenir, sous le signe de la liberté et de l’ouverture». Les anciens directeurs, Moritz de Hadeln (1969-1980), Erika de Hadeln, décédée à la fin de l’année dernière (1980-1993), Jean Perret (1995-2010) et Luciano Barisone (2011-2017), ont été conviés à proposer, chacun dans la Section 50, deux films ayant marqué leur époque.

44% des films présentés sont réalisés par des femmes

Des extraits des Histoire(s) du cinéma, de Jean-Luc Godard, complètent ce regard rétrospectif. «Il a semblé naturel et opportun d’inviter pour ce jubilé celle et ceux ayant bâti l’histoire du festival», relève Emilie Bujès.

En poste depuis 2018, la directrice artistique est fière de la richesse et de la diversité de son programme: 169 films venus de 58 pays, dont 90 premières mondiales. Par ailleurs, bonne nouvelle, 44% des films présentés sont réalisés par des femmes. «Il n’est pas question de faire de la discrimination positive, mais on est attentif au genre des cinéastes comme on l’est à la nationalité des films ou à leur forme.»

Cultivateurs d’opium

Visions du Réel s’ouvre avec Gods of Molenbeek, de Reetta Huhtanen, qui dévoile l’intimité d’un quartier bruxellois plus connu pour ses islamistes que pour ses gaufres. Il se conclut avec We Will Remember Them, d’Annabel Verbeke, un voyage au bout du souvenir à Ypres, dans les Flandres, qui commémore tous les jours les morts de la Première Guerre.

Les films en compétition emmènent les spectateurs visiter une ville antique turque menacée par la construction d’un barrage, des cultivateurs d’opium au Laos ou des Aborigènes australiens soucieux de faire revivre leur culture… Les autres sections, Burning Lights, Grand Angle, Latitudes ou Opening Scenes, réservent leur lot de surprises – dont Je veux du soleil, le dernier brûlot de François Ruffin… Sacré Maître du Réel, Werner Herzog, l’auteur révéré d’Aguirre, la colère de Dieu ou de Fitzcarraldo, donne une Master Class. Quatorze des 70 films tournés par le réalisateur allemand sont montrés.

Le cœur du festival, c’est le Village du Réel. Il inaugure une nouvelle structure d’accueil, un narthex boisé d’une transparence avenante. Cet effort porté sur l’accueil, ainsi que la Participation culturelle qui associe écoliers et personnes âgées à la manifestation portent leurs fruits: entre 2011 et 2018, le nombre de spectateurs est passé de 20 729 à 40 195… Comme dit Agnès Varda: «J’ai les yeux curieux.»


Visions du Réel. Nyon, du 5 au 13 avril.

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