L'annonce a eu lieu jeudi matin dans le cadre du Festival international du film de Fribourg: un fonds nommé Visions Sud Est, bénéficiant pour l'essentiel d'argent de la DDC (Direction du développement et de la coopération du Département fédéral des affaires étrangères), vient d'être créé pour soutenir la production de films des pays en voie de développement. Question incontournable: ne fera-t-il pas doublon avec la Fondation Montecinemaverità, qui vise exactement le même but? Apparemment non, puisque cette dernière est moribonde depuis la fin de l'année 2004, l'annonce d'hier signifiant sans doute son arrêt de mort. Il y a donc bel et bien eu passage du flambeau, dans le meilleur intérêt de nos échanges Nord-Sud si l'on en croit la DDC, grand argentier de ces deux opérations et garant d'une continuité.

Ce qui change serait plutôt affaire de localisation, de gestion et de personnes que de politique et de ligne artistique. A un axe Locarno-Lugano se substitue un axe Wettingen-Fribourg-Nyon. Plutôt qu'en fondation, le nouveau fonds s'est constitué juridiquement en association, dans l'idée de conserver la structure la plus légère possible. Enfin, à la place du seul et irremplaçable Marco Müller, on trouve à présent un triumvirat formé par Walter Ruggle (Trigon-film), Martial Knaebel (Festival de Fribourg) et Jean Perret (Festival Visions du réel de Nyon). Pour le reste, le fonds bénéficiera du même apport de la DDC (380 000 francs), des partenaires tant publics que privés seront ici aussi recherchés et la direction s'appuiera toujours sur un groupe d'experts. Les initiateurs du projet tablent sur une dizaine de films soutenus dès la première année, avec un budget d'un demi-million, puis de rester dans une fourchette de 100 à 150 projets à étudier par an.

L'expérience de Montecinemaverità ne sera pas complètement perdue, puisque Martial Knaebel y figurait comme expert puis en tant que représentant de la DDC. Par contre, bien des questions restent en suspens quant à l'héritage de la fondation tessinoise, soit une centaine de films produits entre 1992 et 2004, l'un des plus beaux palmarès derrière le Hubert Bals Fund de Rotterdam. Mais après le détachement, en 2001, du Festival de Locarno qui l'avait vue naître, les départs successifs, en 2003, de Marco Müller puis de Benetton, partenaire d'origine, la messe était dite. Montecinemaverità n'a jamais trouvé de second souffle, même si, sur sa lancée, elle aura terminé en beauté en soutenant des films aussi mémorables que Tropical Malady du Thaïlandais Apichatpong Weerasethakul, Los Muertos et Familia rodante des Argentins Lisandro Alonso et Pablo Trapero.

Selon Martial Knaebel, directeur artistique du Festival international du film de Fribourg, «les critères de sélection des projets à soutenir ne changeront guère». Seuls quelques documentaires à destination du grand écran pourront désormais être pris en compte. La question est plutôt de savoir à quel stade situer cette aide, modeste mais souvent décisive, qui ne constitue jamais qu'un appoint dans le financement d'un film. «Plutôt qu'au stade de l'aide à l'écriture, nous aimerions intervenir au stade de la production ou de la post-production, lorsqu'un film est quasiment certain de se faire et qu'on peut mieux juger de sa qualité.» Les réalités géographiques recouvertes par l'appellation «Sud Est» restent elles aussi à définir plus précisément (à l'est des nouvelles frontières de l'Union européenne et au sud du Rio Grande, c'est certain, mais l'Extrême-Orient en plein essor reste nettement plus flou).

Du côté de Berne, on se déclare tout à fait satisfait des films soutenus jusqu'à présent par Montecinemaverità. Pour Sophie Delessert, responsable du programme audiovisuel de la DDC, «le problème se situait plutôt dans les finances et le manque de visibilité des films. D'un côté, depuis son déménagement à Lugano, trop d'argent partait en frais de fonctionnement. De l'autre, malgré une belle collection de sélections et de prix dans les festivals, 80% des films soutenus restaient sans distributeur et ne profitaient pas vraiment au public suisse. Or, la vocation de la DDC est aussi de favoriser le dialogue Nord-Sud en Suisse même.»

Avec le nouveau fonds, il est prévu que Trigon-film assure cette problématique distribution en salles. Pour leur part, Fribourg ou Nyon n'exigeront pas la primeur des films soutenus qui seront, si possible, présentés dans les grands festivals généralistes de Cannes, Venise ou Berlin. Mais ils les montreront, peu importe si c'est en première ou deuxième ligne. Dernier détail: le secrétariat, lui, sera à Wettingen, voisin mais bien distinct de Trigon-film. Quant au site http://www.visionssudest.ch, il est ouvert dès aujourd'hui.