Locarno Festival

«Vitalina Varela», voyage au bout de la nuit et de la solitude

Le cinéaste portugais Pedro Costa est de retour en Compétition avec un film qui se profile comme un sérieux prétendant au Léopard d’or. D’une puissance formelle rare, «Vitalina Varela» raconte l’arrivée dans une favela lisboète d’une Cap-Verdienne ayant perdu son mari

Un quartier délabré, une ruelle sombre, une procession. Des hommes qui sont comme des ombres, des fantômes enveloppés par la nuit, avancent lentement. On distingue un blessé, dont on apprendra plus tard la mort. L’ambiance est lourde, pesante, renvoyant aux sources de la tragédie mais aussi aux films noirs de l’âge d’or hollywoodien. On est au Portugal, mais on pourrait tout aussi bien se trouver dans une ruelle du New York interlope ou dans une banlieue de Los Angeles. Coupe brutale, ellipse. On se retrouve sur le tarmac d’un aéroport lui aussi éclairé pour laisser le second plan dans un grand flou, comme si la nuit engouffrait tout. Une femme descend lentement d’un avion. On apprendra qu’il s’agit de Vitalina, épouse du défunt. Arrivée trop tard, elle a raté les funérailles.

Le palmarès de la 72e édition du Locarno Festival sera dévoilé samedi. Le jury présidé par la cinéaste française Catherine Breillat n’aura pas la tâche facile, car parmi les 17 longs métrages qui se disputent le Léopard d’or, il y en a très peu qui n’auraient pas mérité une telle exposition. Mais au sein d’une Compétition 2019 globalement de fort bonne tenue, il y a néanmoins des titres qui se détachent immédiatement comme de sérieux prétendants à la rugissante récompense. C’est le cas de Vitalina Varela, huitième long métrage de Pedro Costa, 60 ans, vénéré par une bonne partie de la critique depuis Le Sang en 1989, et déjà invité en compétition à Locarno en 2000 avec Dans la chambre de Vanda. Un film sidérant, transcendé par une mise en scène d’une précision chirurgicale alors même que le récit entremêlait fiction et documentaire.