La Fondation Irène Reymond fête ses 20 ans. Et pour l'occasion présente, à l'Espace Arlaud à Lausanne, des travaux des 53 artistes de Suisse romande qu'elle a encouragés jusqu'ici en leur attribuant ses prix. A ce jour, la fondation a versé un montant total d'environ 700000 francs en prix. Cette aide se réalise depuis 1986 et vient récompenser, chaque année, de deux à quatre lauréats.

Une vingtaine de candidatures sont généralement prises en considération. Elles émanent d'artistes qui soumettent leur dossier. Mais le plus souvent du jury lui-même (cinq membres du conseil de fondation impliqués dans les arts plastiques, plus un ou deux experts de la situation actuelle), qui le fait à travers ses activités de prospection et de visites d'ateliers. Un travail discret, à l'image de la modestie de sa donatrice, la peintre Irène Reymond, décédée en 1998 à 96 ans.

L'exposition au musée Arlaud offre l'occasion de visualiser ce que ces prix ont récompensé. C'est une belle surprise. L'ensemble est de qualité. Est homogène. Malgré des options souvent différentes. Comme le parti conceptuel de ces mots, projetés par un diaporama, d'Ariane Epars. Ou au contraire, la sensualité des sculptures aux rondeurs mammaires d'Isabelle Krieg. Le commissaire de l'exposition, Nicolas Raboud, a su aménager ces nuances d'atmosphères. Mais l'ensemble conserve, par-dessus tout, un ton.

Aussi dirons-nous que les prix sont venus cautionner des attitudes, des cohérences. C'est qu'on ne leurre pas la cheville ouvrière de cette fondation, Erwin Oberwiler, architecte à Genève et fin connaisseur de la scène artistique suisse. Cette personne sait repérer les artistes aux engagements sincères. Elle sait aussi que les choix sont la résultante d'un consensus. «Ce ne sont pas, précise-t-il, ceux d'un collectionneur avec une orientation ciblée, sa vision particulière et ses coups de cœur. Nous devons, en plus, nous en tenir à la volonté de la fondatrice de distinguer avant tout des œuvres picturales et de la sculpture. Mais c'est une directive dont nous débattons et que nous réexaminons constamment en fonction des options qui se présentent.»

En clair: le visiteur n'a pas à se faufiler dans des installations hétéroclites ni ne doit affronter une débauche de vidéos scintillantes. Les sonorités qui s'échappent de la sculpture de Rémi Dall'Aglio restent discrètes. Et tel écran plat fait logiquement plutôt sourdre qu'éclater les angoisses d'une traque jouée par le performer Yan Duyvendak. En fait, la présentation dresse de la situation romande un état réjouissant, par sa tenue et la profondeur des interrogations pluralistes que les œuvres expriment. Comme ce dialogue entre statique et dynamique qu'instaure Daniel Berset, par la confrontation d'une de ses sculptures d'objets hiératiques (de 1992) et les virevoltes d'un dessin récent fait de tracés d'allumettes brûlées.

La plupart des artistes sont d'ailleurs représentés par plusieurs œuvres et des travaux souvent récents, de 2005. D'où le plaisir de découvrir les dernières recherches de personnalités qu'on voit trop peu, alors même que leurs noms sont connus: Philippe Deléglise, Jean Stern, Jean-Luc Manz, Carmen Perrin, pour en citer quelques-uns, ou Francine Simonin. Dont les collages rehaussés à la pointe sèche sont d'un équilibre extraordinaire entre spontanéité et quête de sérénité. Comme les encres sépia de Stéphane Brunner sont des modèles de tensions entre support légèrement convexe et surface teintée avec harmonie. Ou ces peintures fascinantes de Josée Pitteloud, qui se tiennent entre apparitions de sujets et dissolutions de couleurs. Un accrochage bénéfique, qui respire et irradie.

53 lauréats 1986-2005.

Fondation Irène Reymond.

Espace Arlaud, pl. de la Riponne 2, Lausanne, tél. 021/316 38 50. Me-ve 12-18h, sa-di 11-17h. Jusqu'au 26 février.

Belle surprise, l'ensemble est de qualité, homogène, malgré des options souvent différentes