Polar

De la viticulture à un site Internet crapuleux, le nouveau brillant polar de Deon Meyer

L’écrivain sud-africain imagine la mort d’un nabab du Net qui avait créé un site de faux alibis. En parallèle, il conte l’histoire des vignes du pays. Et il retrouve son personnage au bord du gouffre

La vie de Benny Griessel ne s’arrange pas. Il est sobre depuis quelques mois, mais voilà qu’un collègue tue sa famille avant de se suicider. Replongée. Benny pense pouvoir retrouver le Jack Daniel’s de manière raisonnable – nouvelle erreur. Mais ce flic attachant du Cap, présent déjà dans quatre précédents romans de Deon Meyer, a du pain sur planche. Une vedette a été retrouvée morte. Ernst Richter, apparent petit génie de la technologie, avait créé une société internet qui fournit des alibis aux épouses et maris infidèles, faux billets de voyage, SMS en toc, appels téléphoniques bidon, pour justifier de coupables absences.

Le corps d’Ernst Richter gît dans le veld, une prairie sèche, en marge de la ville. L’affaire prend une grande ampleur médiatique du fait du personnage, chouchou des TV et journaux de son vivant, avec en prime le caractère sulfureux de la compagnie Alibi.co.za. A titre d’exemple, l’auteur évoque le procès Pistorius.
Les enquêteurs apprennent assez vite que l’entrepreneur a fait chanter certains clients de la société. En sus, il versait dans la caisse des sommes issues de fausses prestations, qui venaient en fait de sa poche, tenant à bout de bras l’entreprise déficitaire.

Il y a de quoi nourrir la liste de suspects. Mais cette quête-là n’est pas la seule: Deon Meyer construit aussi son histoire avec une discussion, d’abord déroutante, d’un homme qui demande les services d’une avocate. C’est un vigneron empêtré dans les soucis financiers, à l’histoire familiale chargée. Il sent qu’il va bientôt être mis en cause – ou l’un de ses proches… Peu à peu apparaît le plein avec le défunt capitaliste de l’adultère.

Cette double avancée, parallèle, est l’une des bonnes surprises du dernier roman de Deon Meyer. Dans ses derniers romans, l’écrivain prouvait son talent de fabricant de suspense, parfois avec une noirceur caractéristique: scabreuse expédition vers le Zimbabwe, avec rhinocéros et fusillades, dans «A la trace», et traumatisme causé par un sniper qui tire sur les policiers au long du savoureux «7 Jours».

Tout en gardant en tête le fait qu’il y a eu meurtre, En vrille paraît presque plus léger, avec cette évolution dans la hich-tech, les profondeurs des réseaux, les arcanes informatiques qui déroutent certains policiers, en émoustillent d’autres. Néanmoins, une fois encore, Deon Meyer, observateur constamment critique de son pays, glisse des fragments d’Afrique du Sud qui sonnent juste. La particularité de l’autre milieu exploré, la viticulture, permet sans forcer le trait de raconter une tranche d’histoire, en remontant aux sanctions internationales à l’époque de l’apartheid.

Et bien entendu, on pourrait gloser sur la résilience selon Deon Meyer, son opiniâtreté à mettre son personnage face à la tentation, le pousser à la chute, puis lui lancer une branche pour s’accrocher. Judicieux, le titre français sonne en complémentarité de l’orignal, Ikarus. En vrille ne tourne pas exclusivement autour de Benny, et c’est juste ainsi, mais le personnage ajoute une nouvelle couche d’humanité à une œuvre qui n’en manque pas.

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