Les stratèges scientifiques qui ne jurent aujourd'hui que par les biotechnologies sont de grands rêveurs de science-fiction. Décodage du génome, manipulations ou thérapies géniques et autres bidouillages du vivant constituent un vieux fonds de commerce de la SF. L'Américaine C. J. Cherryh en fournit une illustration écologiste. Dans les années 80, elle imagine la création de «nouvelles arches» (de Noé, donc) faites de bibliothèques de gènes des plantes et animaux menacés ou disparus. Double avantage: ces espèces pourraient être envoyées dans l'espace sous une forme compacte, par exemple à l'occasion d'une colonisation, et elles seraient modifiables génétiquement afin de les adapter à un environnement hostile.

Autre usage évoqué par Iain Banks ou Larry Niven: l'acquisition «directe», pour ainsi dire, de connaissances. Une fois les mécanismes neuro-psychologiques de l'apprentissage décryptés, rien n'empêche d'imaginer que des données puissent être implantées dans le cerveau moyennant une modique opération chirurgicale – une source d'économies intéressante pour les Ministères de l'éducation…

Si décriés aujourd'hui, les OGM sont plutôt bien vus dans la SF, car comment concevoir un voyage spatial si les vaisseaux ne disposent pas d'un jardin potager fournissant au moins les oignons et les tomates nécessaires à la sauce des pâtes? Or, ces cultures «hydroponiques» – terme répandu pour désigner les plantations artificielles des navettes – ne pourront se développer sans quelques manipulations pour réduire leur consommation d'eau et d'oxygène.

Quant au clonage humain, les auteurs l'évoquent sous un aspect particulièrement sombre: les clones sont le plus souvent produits à des fins guerrières. Mais les créateurs pèchent sans doute par excès de pessimisme…