Romano Zerbini, directeur de Photobastei, revendique fièrement la plus grande exposition Vivian Maier jamais présentée. 164 tirages acquis par le groupe KMS, basé à Wettingen, et ordonnés par le commissaire indépendant Daniel Blochwitz. «Evidemment, il y a une part de business puisque la plupart des images sont à vendre (ndlr, entre 3200 et 8200 francs selon le nombre de tirages déjà cédés sur les 15 exemplaires de chaque photographie). Mais c’est surtout un pas de plus dans l’interprétation de cette œuvre incroyable», se réjouit le maître des lieux.

C’est la troisième exposition des vues de l’étrange nurse américaine en Suisse, après Chiasso et Fribourg il y a deux ans (LT du 28 mars et 7 avril 2014). Elles proviennent du corpus de John Maloof, le jeune agent immobilier chicagoan tombé sur le travail de Vivian Maier lors d’une vente aux enchères en 2007, et qui a «retrouvé» la vieille dame quelques jours après sa mort.

«Taking the Long Way Home» est organisée par thèmes et l’on renoue avec les grandes marottes de la gouvernante: les enfants – largement mis en scène dans une salle destinée au jeune public, les classes sociales, les autoportraits. Bienveillant avec les marmots des rues, les pauvres et les noirs, le regard se fait volontiers sarcastique avec les gros cigares et les colliers de perles. Est-ce pour marquer sa position? Vivian Maier semble photographier les riches d’en bas.

Si la plupart des images paraissent volées, la composition est toujours extrêmement soignée, la lumière parfaitement maîtrisée. Une poignée de paysages urbains accompagne la très grande majorité de magnifiques portraits glanés au Rolleiflex dans les rues du Chicago et New York des années 50 et 60. Quelques instants décisifs amusent l’oeil du spectateur; une jupe qui s’envole, une tête qui disparaît derrière un rideau ou des pieds qui apparaissent entre des boîtes de conserve, dans la devanture d’un magasin.

«Nous ne connaissons que 200 à 300 images de la production de Vivian Maier, estimée autour de 90 000 à 130 000. Mais c’est une œuvre étonnante, une sorte de miracle, estime Romano Zerbini. Les planches-contact montrent qu’elle ne prenait qu’une fois le même sujet et il n’y a pas une mauvaise photo! Elle traverse les genres, les motifs et l’histoire de la photographie.

Il y a du Cartier-Bresson, du Richardson et même du Rodchenko dans ses clichés. Savait-elle ce qu’elle faisait? Je pense que oui, même si nous ne connaissons pas son point de vue sur son travail. La narration est orchestrée par le duo Maloof-Greenberg (ndlr, le galeriste new-yorkais), le business donc, et non par les musées. Cela dit, ils ont permis de sauver une œuvre. Il y a certainement des trésors comparables en Suisse, mais la Fotostiftung n’a pas les moyens de s’y pencher.»

Vivian Maier: Taking the Long Way Home, jusqu’au 3 avril à Photobastei, à Zurich.