Alexandre Friederich a connu le succès avec easyJet, regard critique sur l’influence du voyagiste low cost et notre façon de parcourir le monde. Puis avec Fordetroit, rapport d’un séjour dans la capitale de l’automobile, dévastée. Auparavant, son talent pour les petits tableaux, les déambulations buissonnières, avait déjà fait merveille. Ecriture. Bière. Combat. effectue un retour en arrière. Eté 1990, dans une petite ville de Castille écrasée de chaleur, une poignée de jeunes gens s’exerce à enseigner l’anglais à des gamins espagnols et à vivre ensemble. Ils sont sept: des Espagnoles, des Américains, un Flamand. Et un Suisse, Jason, qui tient la chronique dans un cahier quadrillé. «Mon but n’est pas d’inquiéter», écrit-il, et bien sûr, cette inquiétude se glisse dans le récit.

Dimanche d’août

Il ne se passe presque rien pendant ce dimanche d’août. Un repas hors saison, dans un méson, une taverne sombre, l’air saturé de la graisse des viandes rôties ou marinée et des effluves d’un vin lourd. Plus tard, sous la conduite de celle qu’on appelle Grande Sainte, la troupe rejoint un lac de retenue d’où émerge le haut d’un campanile. Baignade au-dessus d’un village noyé. Qui gît là, au fond des eaux glauques? Plus tard, sous les étoiles déjà, c’est la marche à travers la forêt vers la Lagune noire, dans un chaos de pierres. Un cri dans l’obscurité, une lueur sous l’eau, ou est-ce dans les arbres qu’on la perçoit?

On ne saura pas la clé du mystère, mais les gens du cru ont l’air au courant. Ecriture, ce sont les tableaux qui dessinent sur le cahier l’ordonnance de la journée: «Si je ne travaillais pas, ne nommais pas les faits, ne leur donnais pas une visibilité, un ordre et un sens, je craignais de m’égarer, de perdre toute consistance.» Combat: car l’écriture en est un et Bière, parce que l’alcool est le lubrifiant indispensable pour écrire et vivre. Si cet épisode anodin véhicule une certaine mélancolie, c’est qu’il raconte «une époque révolue», celle de ces jeunes gens, à travers le filtre du temps.

Alexandre Friederich

Ecriture. Bière. Combat.

Editions des sauvages, 82 p.