«Frian frian tr tar tar tu/velici ticun tu tu/qui lara fereli fi fi…»: non, ce n’est pas une faute de frappe (ni le résultat d’un chat qui serait passé sur le clavier de l’ordinateur générant ce texte): c’est ainsi que Clément Janequin (1485-1558) retranscrit les trilles du rossignol dans son Chant des oyseaux de 1528. Imiter la nature (voire la dépasser), c’est une des voies que les artistes empruntent à peu près depuis que Zeuxis peignit, dit-on, des grappes de raisin si réalistes que les oiseaux (tiens, encore des volatiles) venaient les picorer.

En musique, ce sont justement les bêtes à plumes qui souvent font office de modèles. L’Orchestre de chambre de Genève et l’ensemble Eklekto en donneront un exemple ce lundi avec un concert thématique diffusé en direct à 20h sur Léman Bleu (excellente idée pour les canaris en cage que nous sommes devenus).

Un autre Messiaen: «Symphonie d’oiseaux à Aldeburgh»

Au programme: la Symphonie no 83 en sol mineur, «La Poule» de Haydn; Gli Uccelli (1928) d’Ottorino Respighi – un étonnant réexamen, sur le mode aviaire, des modes du XVIIIe siècle; l’énergique Un Petit Rien (1964) de Bernd Alois Zimmermann. Enfin – c’est le plat de résistance: les Oiseaux exotiques d’Olivier Messiaen.

Dire de Messiaen qu’il avait un goût pour les oiseaux (même son épouse, la pianiste Yvonne Loriod, avait un nom prédestiné) relève de la litote (de la linotte?). On lui prête souvent cette phrase: «Dans la hiérarchie artistique, les oiseaux sont les plus grands musiciens qui existent sur notre planète.» Les jabotages et les trilles peuplent ses pièces: les Oiseaux exotiques (1956), le Catalogue d’oiseaux (1959), les Petites Esquisses d’oiseaux (1987), mais aussi son opéra Saint François d’Assise (1983) – on se souvient que le poverello avait en effet la capacité de parler aux fauvettes ou aux bruants.

Envoûtements

Messiaen a retranscrit quantité de chants d’oiseaux. Mais ce n’est pas un imitateur. La nature, il la dépasse, en faisant du matériau aviphonique la base d’élaborations supplémentaires. Les Oiseaux exotiques en sont une belle illustration: dans cette pièce qui convoque des espèces aux noms plus que chatoyants (l’oriole de Baltimore, le bulbul orphée, le verdin à front d’or…), les vocalises sont étendues sur des tessitures quelquefois très éloignées du bec, et intégrées dans des schémas rythmiques inspirés des musiques anciennes d’Inde et de Grèce. Mais si les Oiseaux exotiques n’ont rien d’un audioguide ornithologique, ils ont tout d’une jungle envoûtante.

Le concert aura lieu en direct sur Léman Bleu le 22 mars.