Le violoniste Renaud Capuçon et le pianiste François-Frédéric Guy incarnent les nouveaux musiciens français qui font carrière à l'étranger. Loin d'attendre le succès, ils ont opté pour le grand jeu, en travaillant d'arrache-pied, en dégottant des agents artistiques et en enregistrant des disques. L'un joue sous la baguette de Bernard Haitink, l'autre répète avec Daniel Barenboïm.

«Mon but? Ne pas me cantonner à la France, répond François-Frédéric Guy. Du reste, mon imprésario est installé à Londres.» Né en 1969, ce jeune pianiste a eu la chance d'avoir les agents néerlandais de Van Walsum dans la salle lorsqu'il faisait ses débuts au Wigmore Hall de Londres. «C'est eux qui m'ont engagé alors qu'ils travaillent pour Kent Nagano, Esa-Pekka Salonen, le Quatuor Borodin, Stephen Kovacevich…» De son côté, Renaud Capuçon travaille pour Jacques Tellen, à Paris.

L'ambition est donc le moteur. Mais pas l'étincelle divine: «Il ne suffit pas d'un rendez-vous avec un grand chef d'orchestre. Quand j'ai rencontré Barenboïm, c'est lui qui m'a invité à répéter avec lui», explique Renaud Capuçon. Né à Chambéry, ce violoniste au style racé a su dès huit ans qu'il voulait devenir soliste: «Mes parents n'étaient pas musiciens. Mais quand j'étais petit, ils m'ont emmené plusieurs fois au Festival des Arcs pour écouter des concerts. J'ai d'ailleurs créé un festival là-bas avec des amis.» Et d'évoquer la pédagogue Veda Reynolds, ex-premier violon de l'Orchestre de Philadelphie. Puis Gérard Poulet au Conservatoire de Paris, avec lequel il apprend «l'endurance». En 1995, cap sur Berlin qui scelle toutes ses espérances. Claudio Abbado l'engage comme violon solo à l'Orchestre Gustav-Mahler: «Avec lui, j'ai appris la ligne de chant. Il a des gestes onctueux et d'une plastique incroyable.»

Epris de grandeur, François-Frédéric Guy n'a pas hésité à enregistrer la Hammerklavier et l'Opus 109 de Beethoven, alors qu'il n'avait que 27 ans: «C'était un coup de poker formidable, j'ai fait le montage moi-même note par note.» Né en Normandie, François-Frédéric Guy rejoint le parcours de Renaud Capuçon. Lui aussi a étudié au Conservatoire de Paris: «L'examen d'entrée est le plus dur de tout le cursus, d'autant que le décalage entre l'enseignement en province et à Paris est immense.» «Je suis une bête de travail, enchaîne-t-il. Le marché de la musique classique est tellement réduit aujourd'hui qu'on a une chance sur cent de s'en sortir.» Il prépare la 6e Sonate de Prokofiev, où le compositeur a utilisé des techniques proches du cinéma: «Prokofiev a connu Eisenstein. Dans cette sonate, c'est comme si les images se télescopaient. Il y a un éclair lumineux sur la scène, puis soudain, tout s'éteint.»

François-Frédéric Guy, au Conservatoire de Genève. Lu 12 fév. 20h30. Loc. au 022/319 61 61.

Renaud Capuçon, au Métropole de Lausanne, avec l'OCL. Me 14 fév. 20h. Loc. Billetel ou 021/312 28 81.