Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Paolo Caliari, dit Véronèse, «Les Noces de Cana» (détail), 1563, huile sur toile.
© Musée du Louvre, Paris

Beau livre

Voir Venise et lire Shakespeare

Diane de Selliers réunit sous coffret «Le Marchand de Venise» et «Othello». Sublime et envoûtant

Que dire, sur William Shakespeare, qui n’ait pas déjà été dit? Le dramaturge anglais (1564-1616) est un tel monument qu’il semble impossible, quatre siècles après sa disparition, de pouvoir arpenter son œuvre immense sous un jour nouveau. Tandis que l’homme, lui, demeure encore sous bien des aspects mystérieux, son identité même étant régulièrement sujet de querelles entre ses exégètes, alors que son statut de pilier de l’identité britannique ne saurait être remis en cause.

Qu’écrire, sur ses deux pièces vénitiennes, Le Marchand de Venise et Othello, respectivement jouées pour la première fois en 1596 et 1604, qui n’ait pas déjà été écrit? Shakespeare les a imaginées depuis l’Angleterre, rêvant d’une ville dans laquelle il n’a probablement jamais séjourné. La première est une comédie, la seconde une tragédie. Toutes deux mettent en scène un homme dont le malheur est d’être «différent»: Shylock, le prêteur sur gages juif, et Othello, le soldat maure. Personnages emblématiques du théâtre shakespearien, ils sont victimes de préjugés racistes, apportant aux textes une profondeur qui aujourd’hui plus que jamais interpelle.

Lire aussi: Shakespeare, les raisons du succès

Des ouvrages proposés sous coffret

Diane de Selliers célèbre cette année les 25 ans de sa maison d’édition. Depuis la parution en 1992 des Fables de Jean de La Fontaine illustrées par Jean-Baptiste Oudry, elle propose chaque année – c’est le titre de sa collection – des «grands textes de la littérature illustrés par les plus grands peintres». Ses ouvrages, proposés sous coffret, sont d’une élégance folle – d’abord disponibles en grand format, ils sont ensuite réédités dans une «petite collection». Cet hiver, la Française nous emmène au cœur de la Sérénissime avec Shakespeare à Venise – Le Marchand de Venise. Othello, illustrés par la Renaissance vénitienne, soit deux volumes français-anglais (la traduction est celle de la Pléiade, spécialement revue et adaptée) proposant, outre un appareil critique, 250 œuvres d’artistes vénitiens ou ayant travaillé à Venise.

«Allez au musée!»

Dans une préface inspirée, il n’aurait pu en être autrement de la part d’un comédien de sa trempe, Denis Podalydès détaille son amour de Shakespeare, cet écrivain que l’on peut analyser et comprendre de mille manières tant ses textes sont exempts de tout jugement de valeurs, et jamais moralisateurs. A chacun, dès lors, de les comprendre comme il l’entend, de se faire «une mise en scène mentale», souligne le sociétaire de la Comédie-Française. Avant de se souvenir de ce que disait Michel Bouquet à ses élèves lorsqu’il suivait ses cours au Conservatoire: «Allez au musée voir les tableaux de maîtres!»

Lire aussi: «La Légende dorée illustrée par ses peintres», best-seller des images chrétiennes

Voir Venise et lire Shakespeare: voilà ce qui fait la force du coffret édité par Diane de Selliers. Les allers et retours entre les textes et l’iconographie – les débuts de la Renaissance pour accompagner la (relative) légèreté du Marchand de Venise, la Renaissance tardive pour appuyer le côté sombre d’Othello – ne réinventent par l’homme de lettres, mais l’éclairent différemment. Tout comme des «intermèdes» entrecoupant les pièces, sur le modèle des apartés théâtraux, viennent enrichir la lecture à travers de pertinentes analyses thématiques. Les albums de Diane de Selliers sont dans le fond comme les pièces de l’auteur de Roméo et Juliette: on peut y revenir encore et encore tant ils élèvent l’âme.


«Shakespeare à Venise – Le Marchand de Venise. Othello», illustrés par la Renaissance vénitienne», Editions Diane de Selliers, deux volumes sous coffret, 964 pages.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo culture

Comment faire peur au cinéma?

Du «Voyage sur la Lune» à «La nonne» en passant par le «Projet blair witch»: comment le film d'épouvante est-il né et comment ses codes ont-ils évolué au fil du temps? Décryptage en images

Comment faire peur au cinéma?

n/a