Il fallait y penser. Marie-Claude Chappuis l’a fait. Les contraintes de distanciation imposées par le Covid-19 n’ont pas eu raison de son enthousiasme et de sa créativité. Grâce à elle, un festival classique live d’un nouveau style aura lieu en Suisse. Le premier drive-in du genre se déroulera en juillet à Fribourg, ville natale de la mezzo-soprano. Une initiative dont on parle jusqu’en France.

Pour l’heure, Marie-Claude Chappuis est en pleine effervescence pour la naissance de son nouveau bébé musical, après le Festival du lied biennal, qu’elle dirige depuis 2001. Le Drive-in en est l’émanation, réponse imaginative aux contraintes de la pandémie. A l’origine de ce dernier-né inédit, la belle Helvète voulait à tout prix faire remonter les interprètes sur scène. Et trouver une solution pour rejoindre ses collègues dans l’immédiateté, la proximité et la vibration commune qui animent l’art musical vivant.

Indispensable direct

«L’idée n’est pas inédite puisque la formule existe depuis longtemps pour le cinéma, et que certains concerts rock ont déjà emprunté cette voie, explique la chanteuse. A l’arrêt brutal des concerts, j’ai souhaité retrouver et stimuler la pratique instrumentale en direct, indispensable aux musiciens qui jouent dans une dynamique collective. Le drive-in s’est imposé à moi comme une évidence.»

La chanteuse a trouvé que cela convenait parfaitement à des concerts classiques en petite formation pour respecter les distances sur scène. «En musique de chambre, les musiciens peuvent être à la fois suffisamment éloignés les uns des autres, et assez proches. Le plein air est aussi un atout, renforcé par le fait que le public peut assister, à l’abri dans sa voiture, à une manifestation live.»

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Simple et efficace, en effet. Avec quelques contraintes qui restent encore à étudier. «Le choix du lieu, en collaboration avec la ville de Fribourg, est évidemment essentiel. Personnellement, je pencherais pour un parking de la basse ville. Nous préférerions cette solution à un champ pour des raisons évidentes d’écologie, de détérioration du sol et de désagréments liés à la poussière ou à la boue selon la météo.»

Baisser les vitres

Sur le plan logistique, cette proposition est adaptée. «Il sera plus simple de contrôler le flux et de placer environ 200 voitures devant une scène ouverte, où un grand écran projettera aussi les concerts sonorisés, pour que les plus éloignés en profitent aussi bien que les plus rapprochés du plateau. Nous étudions les différentes possibilités et les contraintes pour que toutes les mesures de sécurité soient totalement respectées.»

Sur le plan technique, la radio sera probablement de la partie, pour retransmettre en direct l’événement sur les ondes suisses. Ecouter sur le poste de l’habitacle ne sera probablement pas la meilleure option car la diffusion du son devrait être légèrement décalée par rapport à la réalité. «Nous conseillons donc de baisser les vitres. Ceux qui ne pourront pas se rendre sur place bénéficieront des concerts au casque pendant leurs activités, ou à la maison. Quant aux voisins proches, ils n’auront qu’à se diriger vers leur balcon ou leurs fenêtres pour profiter des soirées. Les décapotables auront bien sûr la possibilité d’ouvrir leur toit en fonction du temps», précise Marie-Claude Chappuis.

La question sanitaire reste évidemment au centre du débat. «Nous souhaitons que les véhicules n’accueillent pas plus de quatre personnes d’une même famille pour éviter des rassemblements d’individus extérieurs dans les automobiles, afin d’éviter toute contamination éventuelle.»

Rémunérer artistes et techniciens

Quant à la réalité financière, la manifestation pourrait être soutenue par les instances publiques et des mécènes. La modalité et le prix des «places» sont en discussion. «Nous hésitons entre un tarif à la voiture ou à l’occupant pour rémunérer les artistes, techniciens et tous les participants à la logistique et à l’organisation.»

Reste la programmation des six concerts, qui débuteront le 25 juillet. Le premier soir, Maurice Steger livrera un cantabile autour de Marie-Claude Chappuis. Le lendemain, le ténor Ilker Arcayürek et le Geneva Brass Quintet interviendront avant qu’un trio inédit composé de la mezzo Marina Viotti, la danseuse Nicole Morel et le pianiste Christian Chamorel se réunisse le jour suivant.

La soprano Rachel Harnisch sera ensuite accompagnée par Jan Philip Schulze au piano et Reto Bieri à la clarinette avant que le Stradivari Quartet se rassemble autour de la chanteuse et créatrice du Drive-in, qui conclura enfin avec cinq musiciens de son choix dans un programme éclectique où le cor des Alpes, l’accordéon, la basse, la mandoline, le violon, le luth et la guitare croiseront les touches, les cordes et les souffles. D’autres idées sont encore en gestation, pour rendre ces soirées encore plus originales et conviviales. Un rendez-vous prometteur.


Drive-in Festival du lied, Fribourg, du 25 au 31 juillet.