Canoë. Répétez le mot plusieurs fois. A voix haute. En détachant les syllabes. Canoës, le nouveau livre de Maylis de Kerangal, déploie la mâchoire, sollicite les joues, fait plisser les babines et nous donne à penser une spécificité humaine mise à mal par l’arrivée des masques d’hygiène: notre voix, cette vibration sonore, articulée, qui nous connecte à l’autre ou qui nous en sépare. L’autrice de Réparer les vivants et de Corniche Kennedy a fait de ce thème le dénominateur commun des récits connectés qui forment, tels des satellites, ce «roman en pièces détachées». Soit huit nouvelles introspectives où les personnages, principalement des femmes, oscillent comme des cordes vocales dans la grande bouche du langage.

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