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Cinéma

Les voix ont des visages

Dans «La Maison de la radio», Nicolas Philibert dévoile la réalité de l’invisible

«Le plaisir que je prends à écouter la radio tient pour beaucoup à l’invisibilité de ceux qui s’y expriment», dit Nicolas Philibert. Renouant avec le fantasme du gosse qui rêve d’ouvrir le poste pour voir les petits bonshommes à l’intérieur, le documentariste a pris le risque de briser le pacte de l’invisibilité qui unit l’animateur radio et l’auditeur.

Il a passé six mois au sein de la Maison de Radio France, 116, avenue du Président-Kennedy, pour décliner les 24 heures d’une journée sur les ondes, du premier bulletin météo au dernier disque de l’auditeur. Le cinéaste capte tout, du dérisoire (de l’emploi de la virgule dans un flash d’info) au grandiose (l’aria live d’une cantatrice). On y voit un stagiaire apprendre à rédiger une brève, l’enregistrement d’une dramatique, le tri des dépêches, d’âpres marchandages sur la hiérarchie de l’information, les motards qui suivent le Tour de France, un ingénieur du son traquant des chants d’oiseaux dans la forêt, des joueurs de xylophone, un chasseur d’orages, quelques visages connus – Umberto Eco, Arno… Et encore ces minutes absurdes où la radio suspend ses activités parce qu’un virtuose du marteau piqueur exerce son art dans les étages…

L a Maison de la radio témoigne du talent de Nicolas Philibert. Le documentariste n’a pas son pareil pour décrire un système de l’intérieur, que ce soit le Muséum d’histoire naturelle (Un Animal, des animaux), une représentation théâtrale en institution psychiatrique (La Moindre des choses), la vie confinée d’un orang-outan du Jardin des plantes (Nénette) ou, bien entendu, l’apprentissage de la langue avec le fameux Etre et avoir.

Fan de la patate

Le cinéaste a l’œil, qualité inappréciable lorsqu’il s’agit de filmer cette «multitude de timbres, d’intonations, d’accents et de voix familières» sans visage. Il a le sens du détail cocasse (le responsable de la musique classique émergeant à peine de ses piles de CD, tel un gnome de sa mine d’or). Mais en dévoilant l’invisible, ce film engendre une paradoxale frustration, liée à la privation de l’imagination. C’est le discours du fan de la patate qui nous épate, pas ses mains en train d’éplucher le noble tubercule. Montrer l’invisible est peut-être une fausse bonne idée.

VV La Maison de la Radio, de Nicolas Philibert (France, 2013). 1h43.

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