«Trop, c'est trop.» La campagne française pour que soit respecté le numerus clausus en prison porte un nom qui dit bien le degré d'exaspération. Des prisonniers eux-mêmes, qui se retrouvent jusqu'à quatre dans une cellule de 9 m2, alors que la loi prévoit 11 m2 par personne. Mais exaspération aussi des sympathisants, parmi lesquels Nancy Huston.

Dans Le Guichet-voix carcérales, une création sonore de Karelle Ménine à vivre ce jeudi au Planétarium de Vaulx-en-Velin, à Lyon, on entendra la voix de l'écrivaine ainsi que celles d'ex-détenus, d'une avocate et de proches de prisonniers. Avec toujours ce constat: étant donné sa surpopulation, la prison fabrique la violence qu'elle voudrait endiguer. D'entrée, lever un malentendu. Karelle Ménine n'a pas pu pénétrer à l'intérieur des pénitentiaires pour interviewer des détenus. En Suisse comme en France, l'accès en est interdit, car, disent les directeurs, «la surpopulation ne permet pas de garantir la sécurité des visiteurs.»

Un comble, évidemment, quand les visiteurs en question souhaitent justement dénoncer les «indécentes conditions de détention»... Mais Karelle Ménine n'est pas du genre à baisser les bras. Ex-collaboratrice de la Radio suisse romande où elle a démontré sa force d'implication, la jeune femme a recueilli des témoignages d'ex-détenus, notamment une séquence «bouleversante» où un ex-tôlard converse «en hurlant» avec les habitants de la prison Saint-Paul depuis les voies de la gare Lyon-Perrache. «C'est typiquement un établissement en plein cœur d'une ville que personne ne voit», constate Karelle Ménine. «Raison pour laquelle, à Paris, il y a une année, on a installé une cellule place de la Concorde que des artistes ont occupée en silence. C'est à travers des actions concrètes que les gens peuvent réaliser l'exiguïté de l'espace carcéral.»

Tué pour avoir parlé

Sous la voûte du planétarium de Lyon, une avocate racontera comment son client de 19 ans s'est fait tuer par ses codétenus parce qu'il avait dénoncé le manège d'intimidation dont il était victime. Au programme encore, l'assurance de David, à peine sorti de geôle, de refaire un braquage, tant l'inscription de la prison à son CV entame toute chance de réinsertion... et encore ces anonymes qui actionnent Le téléphone du dimanche, une émission des RCF (radios chrétiennes francophones) pour transmettre des mots d'encouragement à leurs proches enfermés.

Mais pourquoi diffuser ces paroles sous une voûte qui rejoue le passage du jour à la nuit?

«Parce que je voulais une écoute partagée, mais libre du regard des autres», répond Karelle Ménine qui a mêlé à l'ouvrage des textes de sa composition. «Et le ciel, idée de liberté absolue, est une métaphore à l'envers de l'enfermement, de son calvaire.»

Le Guichet-Voix carcérales. Le 27 nov. à 20h, au Planétarium de Vaulx-en-Velin, Lyon, billets en vente dès 19h ou loc. trop@tropctrop.fr