André Malraux. Grands Discours 1946-1973. Frémeaux & Associés, 3 CD

Dès les années 30, Malraux a passé beaucoup d'heures de sa vie sur les tribunes et devant les micros, grâce à sa capacité de parler superbement d'à peu près tout, souvent en improvisant à partir de notes. Au Congrès international des écrivains qui se tient à Paris en 1935, ravagé de tics, il prononce un discours final brûlant de passion où s'expriment les grands thèmes de son cycle romanesque en cours et de son œuvre esthétique à venir. Onze ans plus tard, sa première expérience ministérielle lui donne l'occasion de renouer avec l'art oratoire, grâce à l'Unesco naissante, en affirmant à propos des valeurs européennes que «l'art de l'Europe n'est pas un héritage, c'est un système de volonté».

Trois CD proposent un choix de ses discours prononcés entre 1946 et 1973: naturellement véhément, rapide et volontiers pédagogique, son ton se ralentit au fil des ans, sa voix devient solennelle, voire tremblante et incantatoire quand il interpelle Jean Moulin et «son long cortège d'ombres défigurées» lors du transfert de ses cendres au Panthéon. Parmi les commémorations historiques et les allocutions politiques, on en découvre dont le texte n'a jamais été publié: sur les maquis de Dordogne et la libération de l'Alsace-Lorraine (dont Malraux a été l'un des acteurs), ou sur de Gaulle comme double rempart à l'Union soviétique de Brejnev et à l'Amérique de Johnson.

S'y ajoutent le discours à l'Unesco déjà cité et des extraits de celui dit de Dakar sur l'influence et l'avenir de l'art nègre, ainsi qu'un choix d'oraisons funèbres; un genre qui permet à Malraux de rendre hommage aussi bien à l'Acropole d'Athènes et aux monuments de la Haute-Egypte, dont il parle comme d'êtres humains, qu'à des artistes amis tels Georges Braque ou Le Corbusier, le «vieux maître» qui a révélé à Chandigarh «la fraternité secrète de la Grèce et de l'Inde».