Sandy Dillon

East Overshoe

(One Little Indian/EMI)

Rares sont les timbres de voix dont la découverte s'accompagne à la fois d'un malaise et d'une fascination durable. Celui de Sandy Dillon, révélé par sa collaboration avec Hector Zazou, est assurément de ceux-là. Bien vite qualifiée de «Tom Waits féminin» par la presse spécialisée, la chanteuse américaine partage en effet la raucité légendaire du crooner déjanté. Comme Waits, Sandy Dillon paraît atteindre le paroxysme de l'autodestruction vocale à chaque prise, arrachant à ses cordes revêches l'âme mélodique de ses blues décharnés.

La comparaison, au demeurant flatteuse, ne s'arrête cependant pas à cette proximité de surface. Fascinée, de son propre aveu par le chanteur californien, Sandy Dillon partage avec lui une écriture sans âge, dont les ressorts intimes dépassent de loin ses quelque 40 printemps. Traversées par un blues rural, ses chansons de caillasse et de lave s'imposent avec l'évidence d'un langage viscéral, aussi profondément enraciné dans le destin de son interprète que le gospel irriguant la soul noire américaine.

Elève de Berklee, à Boston, dans les années 70, Sandy Dillon se fait remarquer pour son timbre éraillé qui lui vaut le rôle de Janis Joplin dans une comédie de Broadway. Un mimétisme qui ne se limite pas à ses capacités vocales hors du commun. Durant les années 80, la chanteuse américaine flirte avec l'enfer de la drogue, dont elle s'évade avec l'homme qui partage sa vie, le guitariste Steve Bywater. Décédé l'an dernier, celui-ci lui laisse en héritage le goût des instruments bricolés et de l'artisanat sonore. En témoigne East Overshoe, un deuxième album aussi dérangeant qu'habité, magnifique introduction à l'univers baudelairien de celle qu'Hector Zazou compare, admiratif, à un «albatros décharné».