On ne connaissait pas la chanson. Dans la bouche de Johnny, elle pourrait s'appeler «Jade pour la vie». Voilà donc notre Hallyday hexagonal devenu encore une fois papa, adoptif cette fois. Impossible d'échapper la semaine dernière au matraquage des gazettes people qui l'ont suivi au Vietnam pour relater l'adoption éclair d'un nouveau-né au nom précieux. Photos et articles compatissants relèvent cette nouvelle épreuve de feu du rockeur classé au patrimoine francophone. Tandis que le film de Bertrand Tavernier, «Holy Lola», et une intervention de Jean-Pierre Raffarin pour rendre possible l'accueil en France de douze enfants cambodgiens propulsent l'adoption au fronton de l'actualité.

Personne en revanche pour dénoncer l'indécence que revêt l'aboutissement de la démarche d'adoption de Johnny et Laeticia Hallyday. Aux yeux des milliers de familles dont le dossier d'adoption est en souffrance depuis des années, la pilule doit être amère. Quelque 20 000 demandes ne sont pas satisfaites chaque année en France. Soit 80 pour-cent. Mais Hallyday est une star de la chanson. Un passe-droit lui est octroyé par la famille Chirac. Procédure accélérée, équité bafouée, l'Hexagone a parfois encore des allures de République bananière. D'autres vedettes, aux Etats-Unis notamment, ont bénéficié de faveurs. Alors pourquoi pas Johnny…

Sauf que, sans douter de la bonne foi des Hallyday pour cette «pater-maternité», il est difficile de croire qu'elle a affronté les mêmes évaluations psychologiques, enduré une identique enquête sociale auxquelles tous parents «primo adoptant» sont soumis durant des mois. A l'âge de Johnny, il y a des vérités qui ne sont pas agréables à entendre. Si les règles administratives lui étaient appliquées, ses 60 hivers ne l'auraient jamais autorisé à devenir père d'un nouveau-né.

Quel message envoie-t-on aux familles toujours en attente par de telles faveurs accordées? Que la France abrite deux justices? Que l'aristocratie culturelle ou chansonnière vaut mieux que l'anonymat devant l'adoption? Visiblement, comme en politique aujourd'hui, plus les faits apparaissent de manière explicitement indécente, moins ils suscitent de réaction. Ce n'est pas de sa faute de père, je suis content pour lui, mais je boycotterai désormais les chansons de Johnny. Ethique personnelle. On se contente des libertés que l'on peut.