Bahman Ghobadi, cinéaste iranien remarqué d'Un Temps pour l'ivresse des chevaux, a tourné son dernier film en Irak. Ce qui en fait le premier film tourné dans ce pays depuis la chute de Saddam Hussein. Huis clos à ciel ouvert dans un village du Kurdistan irakien à la veille de l'arrivée des Américains, Les Tortues volent aussi est d'abord un film sur l'enfance. Et la maturité précoce de garçons et de filles marqués par les mines et la dictature.

Au centre du récit, Kak Satellite, un jeune homme débrouillard et très américanisé, mène sa petite entreprise: il installe les antennes paraboliques, occupe les petits réfugiés, roule dans tous les sens sur son vélo décoré, organise le déminage des collines. Au contact d'une belle fillette et de son frère mutilé, l'arrogant meneur s'humanise. Et le film avec lui. Parti sur les chapeaux de roue, avec des dialogues mitraillettes, le cinéaste laisse peu à peu son film respirer un terrible pessimisme. Et, derrière l'énergie de ses formidables acteurs amateurs, s'ouvre la blessure inguérissable de tout un peuple.

Les Tortues volent aussi (Turtles can fly), de Bahman Ghobadi (Iran, Irak 2004), avec Soran Ebrahim, Avaz Latif.