Chaque jeudi, «Le Temps» explore l’histoire d’un objet devenu culte. (Re)jetez un coup d’œil sur ces figures emblématiques qui, perçues du coin de l’œil ou au coin d’une rue, intriguent, inspirent, mais surtout informent sur un bout de patrimoine. 

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Architectes et enseignants s’accordent à dire que la page consacrée à l’histoire des volets de notre pays reste à écrire. Pourtant, ces derniers sont omniprésents et intriguent par leur jeu de formes, qu’ils soient ouverts ou fermés, et de couleurs. Mais alors, quelles sont les explications qui se cachent derrière ces battants de fenêtres? «Ce sont des cures», répondent les uns. «Ce sont les couleurs du canton», répondent les autres. Vrai, mais la réponse reste incomplète.

Le vert pour les pasteurs vaudois

Pour l’étayer, les archives sur ce sujet sont pour le moins rudimentaires. L’architecte cantonal Jean-Pierre Dresco écrivait déjà en février 1989 dans un rapport du Service des bâtiments de l’Etat de Vaud que les «données nouvelles [...] s’accumulent peu à peu et offriront un jour matière à recherches en histoire de l’art». D’après un article publié en 2009 dans la revue Patrimoine par l’ancien conservateur des monuments et sites du même canton Eric Teysseire: «Façades blanches, encadrements gris et volets verts décorent plus des trois quarts du parc immobilier d’avant le XXe siècle.» 

La couleur verte est choisie pour «des raisons de coût» ou «de stabilité dans le temps», écrit-il. C’est celle qui sera appliquée dans le canton de Vaud sur les volets des cures de pasteurs. «Elles ont contribué́ à̀ façonner l’image de notre pays, estime dans le rapport de l’Etat de Vaud précité Marcel Blanc, ancien chef du Département des travaux publics. Un village sur deux ou trois en possède une […]. Là où parfois la frontière est bien compliquée, elles marquaient qu’on était en Pays de Vaud.»

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Toutes sont reconnaissables à leurs volets à chevrons vert et blanc. «Un moyen de les distinguer des autres bâtiments», explique Catherine Schmutz Nicod, rédactrice des monuments d’art et d’histoire du canton de Vaud. Elle raconte: «La plupart ont été construites à l’époque bernoise et avaient des contrevents noir et rouge jusqu’en 1803. Après l’indépendance vaudoise, les couleurs ont dû changer, mais cela ne s’est pas fait en un jour. Dans les années 1815-1820, plusieurs cures sont encore restées aux couleurs bernoises.»

Le faste et le décor

Aux XIXe et XXe siècles, des discussions surviennent pour savoir quel type de chevron adopter: droit, ondé, uni, losangé ou encore flammé – une forme prisée dans la région du lac des Quatre-Cantons? Elles n’ont apparemment pas abouti à un consensus. Quoi qu’il en soit, ces motifs géométriques rappelaient les couleurs des drapeaux. Depuis, certaines communes ont apposé les leurs par dessus et des maisons de maître ou de classe supérieure ont fait de même avec les armoiries familiales.

D’après le travail de master pour HEC Berne d’Urs Meier, «le but était d’accentuer le caractère et le faste de l’édifice». Aujourd’hui, l’embellissement est parfois la seule fonction de ces décorations. Et comme l’écrivait Eric Teysseire sur le XXIe siècle: «La fantaisie des propriétaires, des architectes et des peintres semble ne plus avoir de limites, sous prétexte de liberté de goût.»