Germano Zullo, Albertine. Une bonne longueur en bouche. Humus, L'Indiscrète. 48 p.

Denis Guelpa, Dominique Tapparel. Les Célibations. Humus, L'Indiscrète. 40 p

Les CélibationsHumus, L'Indiscrète, 40 p.La forme courte sied à l'érotisme. Nul besoin de pesantes épopées pour célébrer un acte qui, préliminaires compris, ne dure en moyenne que onze minutes. Faire la guerre, voyez l'Irak, engage et englue autrement que faire l'amour. Mais ce dernier étend dans l'imaginaire un empire bien plus vaste que ce que laisseraient supposer les froides statistiques sur la brièveté du coït. Démonstration élégante avec les deux dernières livraisons de la collection L'Indiscrète, chez Humus.

Dans Une bonne longueur en bouche, Germano Zullo raconte les émois de quatre vignerons genevois qui, invités au Japon par un riche client, découvrent la gastronomie nippone servie sur une femme nue, pâle, patiente et muette. De retour en Suisse, les quatre amis ne cessent de rêver aux succulents sushis et à la troublante table humaine. Leurs pratiques sexuelles, et pour certains leurs existences, en seront profondément changées.

Œnologique aussi, mais sur un mode plus tragique, la nouvelle Les Célibations de Denis Guelpa met en scène un malheureux cocu que sa femme a fini par quitter. Devenu la risée de la petite ville où il vit, le célibattu abonné aux bitures persuade ses voisins que la belle traîtresse toujours aimée va lui revenir, et que d'ailleurs la voici déjà, au bout de la rue, descendant quasi nue d'un taxi rose piloté par un chauffeur nègre... Mais le délire alcoolisé s'achève piteusement, dans les contusions et la confusion.

La gravité n'empêche pas l'humour, marque de fabrique de la collection. Le tempérament rabelaisien de Denis Guelpa, son goût des mots-valises, son éruptivité, donnent au delirium de son pauvre héros des allures de fête «époustroublante». Par contraste, Germano Zullo cultive la concision et l'allusion, arts très nippons, pour amener lectrices et lecteurs à se faire leur cinéma fripon au-delà des mots imprimés.

Les deux petits livres sont illustrés par de remarquables dessins de, respectivement, Albertine et Dominique Tapparel. Duos d'images et de mots, coïts multimédiants qui vous mènent tendrement et voluptueusement vers... onze minutes de lecture. Le conte est bon!