faut voir

Vos gueules les mouettes

Il est fascinant de constater que l’on tweete plus devant La Joconde que le Sarcophage des Muses, au Louvre. Que l’on gazouille davantage depuis le CHUV que sur la place Chauderon, à Lausanne. Ou encore que le quai numéro 4 de la gare de Cornavin, à Genève, abrite un plus grand nombre d’adeptes du réseau social que le quai numéro 1. Tout cela grâce à Eric Fischer, développeur américain et ­«artiste data» installé à Oakland. Sur le site mapbox ( https://www.mapbox.com/blog/twitter-map-every-tweet) , l’ex-ingénieur de Google vient de publier une carte des tweets envoyés à travers le monde ces trois dernières années et demie. Soit 6 341 973 478 messages géolocalisés, dont 9% seulement sont représentés par des points lumineux.

Le plan est planétaire et consultable à toutes les échelles. De loin, on constate sans surprise que l’Afrique est peu fréquentée par le petit oiseau bleu, à l’instar de la Chine mais pour des raisons certainement différentes. Le gros du trafic est situé en Europe et sur la moitié est des Etats-Unis. En zoomant un peu, on voit que les capitales résonnent de tweets plus que les autres villes, et les villes plus que les campagnes. Mais approchons-nous davantage.

A Lausanne comme à Genève ou Fribourg, les gares semblent être des lieux privilégiés pour tweeter. Une occupation comme une autre en attendant Micheline. Puis, certains points se démarquent, obscurs ou évidents. Une auberge de jeunesse dans la Cité de Calvin, réservoir naturel de tweetos. Un café Starbucks, parce que l’endroit propose une connexion Wi-Fi ou peut-être parce qu’il accueille beaucoup d’Américains, plus connectés que les autres? Quelques taches vertes parsèment le Léman, laissées par des pendulaires, des touristes ou des propriétaires de yacht. Difficile de trouver des lieux coupés du réseau social, hormis la très rase campagne et les sommets. Encore que: l’aiguille du Midi résonne de nombreux gazouillis, ce ne sont pas ceux du gypaète barbu.