Des rues commerçantes désertes; des couloirs d’hôpital tachetés de blouses menthe à l’eau; des familles confinées dans leur salon encombré: depuis deux mois, la pandémie a changé la face du monde et les photographes ne se sont pas fait prier pour en immortaliser les multiples profils. Des clichés qui disent l’ampleur de la crise – et qui, demain, représenteront autant de précieux témoignages de cette page de l’histoire.

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Valoriser et discuter ces instantanés, telle est la mission que s’est donnée le Musée international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (MICR) en lançant cette semaine «Covid-19 et nous», un projet qui vise la récolte et la publication de photos documentant la pandémie, en partenariat avec la célèbre agence photographique Magnum… et le public.

L’appel, à portée internationale, se déclinera en deux volets: chaque semaine d’ici à la fin juin, le portail web du musée publiera une sélection d’images inédites capturées pas des photographes du cheptel Magnum, qui s’accompagneront d’une série de discussions en live streaming. Parallèlement, tout internaute qui le souhaite est invité à soumettre un témoignage personnel sur la période actuelle, qu’il soit (audio) visuel ou textuel. Le tout viendra enrichir les collections du musée, puis progressivement, dès sa réouverture le 9 juin, son exposition permanente L’Aventure humanitaire. Enfin, un film, intégrant certains de ces témoignages et coproduit avec Magnum Photos, sera présenté à l’automne.

L’humanitaire et nous

Constituer une mémoire de la pandémie en réunissant photographes professionnels et grand public, la démarche reflète la nature de la crise, à la fois personnelle et collective, estime Pascal Hufschmid, directeur du MICR. «Qu’on soit sur le terrain ou non, atteint dans sa santé ou pas, nous sommes tous éprouvés par la situation et donc tous légitimés à en parler. D’ailleurs, j’ai été très impressionné de voir la production d’images et de vidéos qui ont circulé sur les réseaux sociaux.»

Outre l’héritage destiné aux générations futures, Pascal Hufschmid est persuadé que conjuguer nos regards nous aide à donner du sens à ce que nous sommes en train de vivre. Une mission chère au musée genevois, qui se veut avant tout un espace de discussion ouvert sur la société et l’action humanitaire. Laquelle n’a jamais été aussi proche de nous. «Jusqu’à présent et pour beaucoup de gens, les principes humanitaires et leurs dilemmes restaient abstraits, se posaient ailleurs, sur l’écran de leur télévision. Mais depuis la mi-mars, lorsqu’on applaudit spontanément sur nos balcons à 21h, on les sent dans notre chair.»

Authentique et intime

A travers ce projet, le MICR tient également à soutenir les photographes, précieux éclaireurs sur le front depuis le début de la pandémie, ajoute le directeur. «L’agence Magnum est née à la suite de Seconde Guerre mondiale. On peut dire que réagir aux crises fait partie de son ADN!»

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Pas de complexes à avoir cependant si le vôtre n’inclut ni la maîtrise du diaphragme ni l’art du clair-obscur: votre contribution sera la bienvenue. «Nous cherchons avant tout des témoignages authentiques et spontanés. Le but n’est pas de chercher la plus belle image mais de raconter ce qui nous arrive, en sachant que cela pourra peut-être éclairer quelqu’un d’autre, précise Pascal Hufschmid. Comme pour les réfugiés, les chiffres du coronavirus ne sont jamais que des chiffres. Il y a un réel besoin de partager cette intimité.» La vôtre trouvera peut-être le chemin du musée…