Il y a un fantôme dans ce quatrième épisode de la saga de L'Exorciste: c'est la version réalisée par Paul Schrader avant que les producteurs ne décident de repartir à zéro avec un cinéaste plus «commercial», le Finlandais Renny Harlin (lire le Samedi culturel du 13.11.2004). On saura peut-être à la sortie du DVD, si sa version y figure en bonus, ce que le scénariste de La Dernière Tentation du Christ avait vu dans ce matériau. En attendant, le film profite bizarrement de ce doppelgänger caché qui lui ajoute un mystère que ses seules images ne possèdent guère.

L'idée d'une prequel n'était pas stupide. Le plus fascinant du film original de William Friedkin ne se situait-il pas dans sa séquence africaine initiale? L'Exorciste – au commencement reprend ainsi le père Merrin (l'excellent Stellan Skarsgard après son compatriote Max Von Sydow) pour raconter comment ce prêtre hollandais qui a perdu la foi durant la Deuxième Guerre mondiale trouve sa vocation d'exorciste en Afrique devant des phénomènes plus clairement diaboliques.

Habile, le scénario suggère une continuité du Mal dès le prégénérique par un champ de bataille antique puis par les flash-back mentaux de Merrin – confronté à l'horreur nazie dans un dilemme digne du Choix de Sophie – et, pour finir, par un aperçu du désastre colonial (on est au Kenya sous domination britannique). Ce cadre réaliste ne se marie toutefois guère avec la théologie manichéenne et l'horreur surnaturelle propres à la série. Epaulé par le grand chef opérateur Vittorio Storaro, Renny Harlin s'en acquitte en tâcheron pas trop maladroit, sans parvenir à occulter complètement la promesse d'un meilleur film, un peu comme s'il s'agissait là de sa bande-annonce.

L'Exorciste: au commencement (Exorcist: The Beginning) de Renny Harlin (USA 2004), avec Stellan Skarsgard, Izabella Scorupco, James D'Arcy, Ben Cross.