Livre

Voyage en enfer jusqu’au bunker de Hitler

Une interprète de guerre soviétique qui a suivi l’Armée rouge jusqu’à Berlin raconte son expérience privilégiée

Genre: Récit
Qui ? Elena Rjevskaïa
Titre: Carnets de l’interprète de guerre
Trad. du russe par Macha Zonina et Aurore Touya
Chez qui ? Christian Bourgois, 434 p.

Engagée volontaire en tant qu’interprète auprès de l’état-major soviétique, Elena Rjevskaïa aura la destinée singulière d’entrer dans le bunker de Hitler et d’y découvrir les restes calcinés du Führer, qui s’est suicidé le 30 avril 1945. En 1965, elle a livré son témoignage, enrichi de documents d’archives dans Berlin mai 1945, un livre vendu à 1,5 million d’exemplaires.

A 92 ans, Elena Rjevskaïa, de son vrai nom Elena Kagan, a voulu enrichir son récit en rapportant de manière plus complète son expérience privilégiée au plus haut niveau de décision de l’armée, qui a débuté en 1941 le long de la Volga à Kouïbychev puis Kalouga, s’est poursuivie dans la ville martyre de Rjev, puis à travers la Pologne jusqu’à Berlin, dans le fameux bunker aménagé dans le sous-sol de la chancellerie du Reich. Elle raconte les exactions des troupes soviétiques, en Pologne déjà, puis en Allemagne. En tant qu’interprète, elle a accès à des informations de première importance (instructions, messages radio, etc.). Elle est aussi souvent la première à recevoir les mots des prisonniers qui vont mourir, ce qui donne à son livre une dimension tragique. Elle participe en effet aux interrogatoires après une formation qui lui a appris notamment à injurier (le plus couramment en traitant les SS de «merdeux laqués»).

A travers cette expérience, dans laquelle on se demande parfois quel a été réellement son rôle, elle dit sa surprise de découvrir des humains comme les autres derrière ceux qui étaient considérés dans son pays, qui a abominablement souffert de la folie nazie, comme des machines de destruction massive.

Revenant sur la traque au corps de Hitler, elle décrit la découverte des corps de Goebbels et de sa femme, qui se sont suicidés, ainsi que ceux de leurs six enfants, à qui on a donné la mort, jusqu’à celle d’une mâchoire que l’assistante du dentiste du Führer identifie, avant d’être arrêtée et incarcérée dans un camp soviétique pendant 10 ans. Staline voulait en effet conserver le plus grand mystère autour de la mort de son ennemi. La presse moscovite a même évoqué l’hypothèse d’une fuite. La mission à laquelle Elena Rjevskaïa participa était donc ultrasecrète et s’est déroulée dans une atmosphère fiévreuse qu’elle restitue bien. Le récit est malheureusement alourdi par des considérations de politique générale d’une grande banalité.

Publicité