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Roman

Voyage dans le labyrinthe grec avec Nicolas Verdan

Sur les pas d’Agent Evangelos, enquêteur et grand-père, lancé à la poursuite d’une tête sans corps, surgit un monde en crise aux frontières de l’Europe où le chaos se mêle à la poésie, où l’Antiquité, la dictature et le temps présent se télescopent

Voyage dans le labyrinthegrec avec Nicolas Verdan

Sur les pas d’Agent Evangelos, enquêteur et grand-père, lancé à la poursuite d’une tête sans corps, surgit un monde en crise aux frontières de l’Europe où le chaos se mêle à la poésie, où l’Antiquité, l’ère des colonels et le temps présent se télescopent

Genre: Roman noir
Qui ? Nicolas Verdan
Titre: Le Mur grec
Chez qui ? Bernard Campiche, 256 p.

Quittez les écrans de télévision, lâchez les bulletins d’informations économiques, oubliez un peu les aventures d’Alexis Tsipras à Bruxelles et respirez. Respirez cette «haleine des marécages» qui monte du delta de l’Evros dans l’hiver grec et glacial, ce «fleuve-frontière» aux confins de l’Union européenne qui crache sans fin des réfugiés. Arrêtez-vous un instant, le temps de quelques histoires drôles et amères et de quelques verres entre amis au Batman; ce bar enfumé d’Athènes, où «l’air de la liberté se respire à noirs poumons»; où Agent Evangelos, héros désabusé, rêve de fêter, pour changer un peu de ses enquêtes sans cesse entravées par un pouvoir sinueux, la naissance de sa première petite-fille. Voici venir une autre Grèce, plus dense, plus surprenante, plus attachante que celle qui défile sur les écrans de télévision et sur les présentoirs de cartes postales. Voici une Grèce vue de l’intérieur, une Grèce à ressentir, à éprouver.

Comme on s’y attend dans un roman contemporain dont le titre, Le Mur grec, évoque l’actualité, ce pays est bel et bien décrit comme en proie à des crises multiples: dette, migrants, trafics en tout genre, corruption, extrémisme, fossé entre pauvreté et hyper-richesse. Là, pas de surprises. Mais ces crises s’incarnent avec force dans les histoires et les personnages que porte Nicolas Verdan.

La Grèce n’est pas ici, non plus, le simple décor d’une intrigue policière. Oui, c’est un roman noir; oui, il y a un meurtre, des mobiles, une enquête, une course poursuite, et une sorte de justice, au final, même si, au bout du compte, Némésis, déesse de la colère et de la vengeance, ne l’emporte pas tout à fait. Le livre ne sert pas non plus de prétexte à un cours de géopolitique ou à un reportage au long cours, habilement romancé. Même s’il y a de ça dans Le Mur grec. Nicolas Verdan n’est pas journaliste pour des prunes.

Crise, intrigue policière et géopolitique, oui. Mais il serait dommage de réduire Le Mur grec à ça. Ce qui séduit, ce qui fait la différence, c’est la capacité du roman à rabattre vers le lecteur l’air, la couleur du ciel, les odeurs, l’aspect et l’humeur des choses et des gens, la trouille des uns, la crânerie des autres, la noblesse de quelques-uns. «Il ne portait pas de casque et il se disait qu’Athènes avait une odeur à nulle autre pareille: un mélange d’essence d’eucalyptus, de pain frais, de fumée de cigarette et de gaz d’échappement.» Profondeur géographique et sociale. Nous voici dans le paysage, dans ces rues, le long du fleuve, dans les hôpitaux, les hôtels, les aéroports, au commissariat, en jeep, à pied le long des anciennes voies ou des autoroutes en quête d’un abri.

Profondeur historique aussi. Agent Evangelos, serviteur de l’Etat mais aussi de la justice, se souvient de cet étudiant qu’on lui demanda de gifler sans sourciller, en 1973, quand les colonels étaient au pouvoir; puis, sous d’autres régimes, moins totalitaires, des enquêtes à classer sur ordre. Goguenard, il écoute les ordres d’aujourd’hui. Parallèles.

Sous le fait divers sordide surgit aussi la mythologie. Bacchanales sous l’œil de Dionysos lorsque les femmes devenues folles dépècent leurs propres enfants. Bacchantes surgies d’une tragédie, descendues d’un vase grec. Métaphore.

Et puis, il y a, dans ce livre, cette manière de partager des mots, de la musique, des impressions, des savoirs, des rencontres, des amitiés, des amours aussi. Il y a une générosité dans Le Mur grec. Nicolas Verdan est là, Grec par sa mère, qui vous ouvre les portes de son monde, de ce pays que, Suisse et Grec à la fois, il aime et rejoint régulièrement. Il n’est pas loin d’ailleurs: un personnage lui ressemble un peu, ce Niklaus, dit Nikos, à la fois Allemand et Grec, un peu naïf mais courageux, dont il joue et se joue avec humour et sans prétention. Rien de définitif non plus. Pas de leçons à donner, dans Le Mur grec. Et on suit, sans le lâcher, ce récit habilement construit, moins pour l’intrigue peut-être que pour les labyrinthes qu’elle nous fait découvrir.

Nicolas Verdan est au Livre sur les quais, samedi 5 septembre pour «La rentrée des auteurs lausannois», dimanche 6 pour «Littérature et politique en Grèce».

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Nicolas Verdan

«Le Mur grec»

«Dans le fracas nocturne il distingue les couronnes de lierre sur le front des femmes qui dansent. Peintes en noir sur le pourtour des vases…»
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