Un voyage au pays des merveilles. Dans une ambiance de pénombre pour faire ressortir, par des lumières dirigées, la beauté des objets, insérés dans des niches en couleur acajou. Tel est ce qui attend le visiteur de l'exposition Le profane et le divin. Arts de l'Antiquité. Fleurons du Musée Barbier-Mueller, au Musée d'art et d'histoire de Genève.

Après de précédentes expositions comme Entre art et rituel. Boucliers de la collection Barbier-Mueller (1999) ou La Création du monde. Fernand Léger et l'art africain (2000), les collaborations se renforcent entre les deux institutions, privée et publique. Avec cette fois une véritable valeur d'étrenne. Puisque c'est la première fois que cette collection d'antiquités est montrée en tant qu'ensemble à travers les quelque 280 pièces présentées.

«Par rapport au spectateur, nous avons opté, explique David Matthey, archéologue et co-commissaire de l'exposition, pour la sobriété. Pour faire plaisir à l'œil et conduire le regard sur les objets. Tant ils sont d'exception. Mais les informations sont aussi là.» Promptement d'ailleurs. Puisque, d'entrée, deux tableaux fournissent des informations chronologiques sur les époques couvertes par les objets présentés (de 6000 avant J.-C. jusqu'au IIIe siècle après) et sur l'étendue géographique des sites où ils ont été trouvés, de l'Espagne jusqu'aux confins des steppes chinoises.

Un petit texte informe aussi sur la constitution de cette collection, commencée par Josef Mueller dans les années 1910, enrichie depuis la seconde moitié des années 1950 par son gendre Jean Paul Barbier-Mueller, avec des pièces majeures et le souci d'assurer la cohérence de cet ensemble. Dimanche 15 juin, à 15h, à la salle de conférences du Musée d'art et d'histoire, Monique Barbier-Mueller commentera l'Histoire de la collection.

Quant au premier objet rencontré par le visiteur, il explicite le titre de l'exposition Le profane et le divin. Selon qu'on le tient pour une idole ou qu'on le regarde comme un outil à faire des cordes. Ce type d'interrogation se renouvelle à propos d'autres thèmes et en fonction des connaissances ou des prudences d'aujourd'hui. En ce sens, le parcours se veut initiatique. Notamment par l'exploration de trois ensembles thématiques étoffés, grâce à la richesse de la collection.

Le premier a trait aux figurines de l'époque néolithique présentant des attributs féminins souvent accentués. Avec des exemples provenant aussi bien d'Egypte que de Roumanie, de Chypre, d'Anatolie ou du Baloutchistan, comme cette idole à l'extraordinaire coiffure séparée en deux coques. Le second thème permet de parcourir l'éventail des récipients, comme ces petites jarres en pierre évidée d'Egypte ou ce superbe vase verseur en bronze d'Italie centrale, début du VIIe siècle avant J.-C., en forme de corps de canard. Et le troisième alimente les oppositions entre stylisation et réalisme, classicisme et vérisme, au sujet des rendus de la figure humaine, dans la statuaire grecque et romaine en particulier. Dans la dernière des trois salles, les autres sections regroupent les objets par civilisations.

«L'idée de notre scénographie, commente David Matthey, est d'inciter à la découverte par des ensembles et de relancer le visiteur de module en module. Sans l'empêcher de revenir en arrière ou de tourner autour des éléments.» Ainsi pour ce vase monumental apulien dont les deux décors, mythologique et funéraire, peuvent être vus par deux fenêtres soulignant cette opposition. «Il y a aussi des appels particuliers.» Tel ce casque d'Etrurie méridionale, de 750 avant J.-C., au haut cimier triangulaire, qui servait de couvercle à une urne cinéraire.

Les regroupements culturels de la dernière partie baladent le visiteur des palettes à fard égyptiennes jusqu'au grand tambour de bronze de la culture Dông Son (nord du Vietnam, Ier-IIIe siècle après J.-C.). En passant par les pendeloques grecques de la période géométrique, les célèbres bronzes du Luristan, les rhytons (vases à boire) en forme de zébu de la culture iranienne dite «de Marlik», ou les ornements de harnachement des cavaliers des steppes.

Et, bien sûr, des objets frappent plus que d'autres. Telle cette amulette égyptienne en faïence, représentant un nain. Ou cette tête de griffon du Péloponnèse, aux harmonieuses courbes et contre-courbes. Ou la concordance incroyable des formes de cette grande hache «en botte de mandarin». Ou encore. Ou encore, jusqu'à se perdre dans des rêves.

Le profane et le divin. Arts de l'Antiquité. Fleurons du Musée Barbier-Mueller. Musée d'art et d'histoire, rue Charles-Galland 2, Genève, tél. 022/418 26 00. Ma-di 10-17h. Du 15 mai au 31 août.