Une étonnante invitation au voyage dans les terres perdues: l’écrivain et philatéliste amateur norvégien Bjorn Berge s’est amusé à présenter une cinquantaine de pays «rayés de la carte», ou plutôt rendus à des ensembles territoriaux plus vastes. On y trouve des exemples connus comme le très assoupi Royaume des Deux-Siciles surpris par les Chemises rouges garibaldiennes, ou le très implacable Mandchoukouo, création du Japon fasciste, mais aussi des territoires dont le nom seul est un appel à prendre le large: le Hedjaz (aujourd’hui en Arabie saoudite), Obock (Djibouti), Heligoland (archipel du nord de l’Allemagne), la Terre de Van Diemen (Tasmanie), la République d’Extrême-Orient ou encore la Carélie orientale (Russie)…

Princesse sans visage

Tous ces lieux ne partagent pas un destin similaire, et furent pour la plupart des inventions coloniales. Ce qui relie ces «cinquante pays qui n’existent plus» en revanche, c’est leur production de timbres, affirmation régalienne par excellence aux XIXe et XXe siècles. L’originalité des notices, conçues pour flâner d’une curiosité historique à une autre, c’est d’ouvrir le champ large sur ces nations éphémères entre 1840 et 1945, tout en racontant des anecdotes singulières et en présentant pour finir un timbre issu de la collection personnelle de l’auteur.

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Et quoi de plus attirant que le timbre d’un pays disparu! Tel celui, gaufré, au nom de la princesse de Bhopal en 1890, mais vide au centre pour respecter l’interdiction islamique de représenter un portrait, ou alors ces merveilleux spécimens créés pendant la Seconde Guerre mondiale par des artistes de Guernesey et Jersey, dissimulant des «V» de la victoire au nez et à la barbe de l’occupant allemand.

Le thé au lait salé

Le timbre, ce bout de papier qui revendique une existence internationale, ne dit pas les nombreuses souffrances infligées à des populations qui n’avaient jamais connu la violence de l’Etat moderne et de l’exploitation coloniale. «Ceinturer un territoire de frontières a rarement eu pour dessein de rendre les populations plus heureuses», résume Bjorn Berge. Ce petit atlas agréable à parcourir recèle des anecdotes de littérature de voyage, de même que quelques recettes comme le thé au lait salé, spécialité des Touva du sud sibérien. Ce peuple de nomades brièvement indépendant dans les années 1920, avant d’être avalé par l’Union soviétique, qui boucla la zone pour y développer des armes nucléaires.


Bjorn Berge, «Atlas des pays qui n’existent plus». Traduit du norvégien par Jean-Baptiste Coursaud et Sophie Jouffreau. Autrement, 238 p.