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La roche d’Es Vedra à laquelle la légende prête des vertus magiques et mystiques.
© DR

Ferveur

La vraie magie ibicenca

Une tribu de touristes un peu intellos, un peu chics voue 
un culte au nord de l’île d’Ibiza. Visite, sur leurs traces, 
des lieux et des adresses incontournables du coin

Une place pavée dans un petit village bourré de charme, l’église, le bureau de tabac, trois bistrots, un couple qui prend un café, elle en robe longue, lui en espadrilles, ils s’éloignent dans leur Méhari au chant des cigales, sous une lumière éclatante… Vous n’êtes ni à Ménerbes ni à Bonnieux, mais à Santa Gertrudis, au cœur d’Ibiza, plus cool et plus libre que le Lubéron, un village plein du charme de cette île à l’esprit si particulier.

Bien sûr, la villégiature favorite des clubbeurs existe plus que jamais, les photos de David Guetta s’affichent d’ailleurs partout à la sortie de l’aéroport. Mais il est un autre Ibiza, celui plus chic des gypsetteurs, touristes très avertis qui vouent un culte au nord de l’île. Ils y possèdent parfois un pied-à-terre typique, ou reviennent régulièrement au même hôtel, les délicieux Cas Gasi ou Es Cucons, ces «agriturismos» à la fois authentiques et empreints d’un luxe discret et nonchalant.

Entre maisons d’hôtes et boutiques hôtels, ils sont installés dans d’anciennes fincas, ces fermes à l’architecture sobre et fonctionnelle, faite d’austères modules carrés peints à la chaux, distribués autour d’un porche et se multipliant au fil des décennies. Dès les années trente, le grand architecte Josep Lluís Sert, le dadaïste Raoul Hausmann ou le philosophe Walter Benjamin furent attirés par la beauté de ces maisons si bien intégrées dans leurs paysages arides.

Connaisseurs et touristes

Sur les traces de ces premiers intellectuels, les «northerners» comme on les appelle ici viennent pour ce mode de vie unique et cette atmosphère si spéciale qui font de cette île des Baléares l’une des plus fascinantes de la Méditerranée, entre paysages ruraux, plages secrètes, légendes mystiques et gastronomie exquise. 
Le point central en est Santa Gertrudis, qui séduit par son parfait mariage d’authenticité et d’adjonctions cools.

Quelques boutiques pour cette clientèle-là y ont ouvert il y a une dizaine d’années, dont Es Cucons Tienda, le magasin de l’hôtel situé un peu plus au nord, qui côtoie les échoppes plus traditionnelles du bijoutier ou du maroquinier.

Sur la place, on se doit de prendre quelques verres au mythique bar Costa en regardant patienter les clients suivants, locaux connaisseurs ou touristes habitués et nonchalants. On poursuit au bar Ulivans en avalant des croquetas au boquerones, ces anchois frais marinés qui accompagnent le pan con tomate sur toutes les tables espagnoles.

On aime aussi, surtout après quelques jours de cuisine du cru, dîner plus chic et italien chez Macao, où se pressent les beautiful people qui adorent l’ambiance romantique et festive de ce joli restaurant où l’on dîne dans un jardin. Ou à Luna nell’Orto sur les hauteurs de Sant Miguel tout au nord.

Plages secrètes

Pour dire aussi que la cuisine ibicenca est souvent une destination en soi pour ces habitués qui connaissent tous les restaurants les plus anciens de l’île, comme le Cami de Balafia (toujours complet) ou El Bigote («Moustache» en espagnol). Niché dans une petite crique, ce dernier nécessite de réserver sa table au moins deux jours à l’avance pour avoir la chance de goûter à ses fameux bullit de peix.

Déjeuner chez El Bigote, c’est aussi l’occasion d’aller à la plage pour ces touristes qui fuient l’agitation des beach clubs renommés. Et se transmettent les adresses de ces anses secrètes où l’on se rend un petit moment le matin avant de rejoindre un charmant chiringuito, petite paillote plantée dans le sable. Comme le chiringuito Utopia caché dans une minuscule crique dans le port de Sant Miquel, où le patron grille des sardines le dimanche, ou celui d’Aguas Blancas, auquel on accède en descendant dans la pinède avec vue plongeante sur les eaux turquoise.

En fin d’après-midi, osez une excursion dans le sud, pour profiter de la lumière qui frappe la roche d’Es Vedra à qui les locaux attribuent des pouvoirs magiques. Le caillou aurait abrité les sirènes de L’Odyssée. Il serait aussi le lieu de naissance de Tanit, la déesse phénicienne de la fertilité, voire la planque d’une base d’ovnis. 
Ce qui est sûr, c’est que le moine carmélite Francisco Palau, plus tard sanctifié, y a habité, prétendant avoir reçu là des visions prophétiques.

Tortillas et paniers tressés

Mais pour contempler le légendaire coucher de soleil d’Ibiza il faut aller ailleurs et surtout éviter le très surfait Sunset Ashram. Visez plutôt la plage de Benirras où tous les soirs encore, les hippies se réunissent pour jouer des percussions en regardant la boule rouge disparaître lentement dans la mer… avant de l’en féliciter. Car à Ibiza on applaudit le coucher de soleil en une sorte de communion enchantée.

C’est peut-être aussi l’effet de Benirras où se côtoient de rustiques cabanes de pêcheurs, le plus joli marché hippie de l’île (moins touristique que celui de Las Dalias), un restaurant tenu depuis quarante ans par la famille Escandell, qui pêche le matin ce que dégusteront les clients à midi, et Elements, qui séduit avec son atmosphère relax et ses tables sur le sable.

Le reste du temps, on sillonne les routes de cette campagne sauvage, entre mer et montagne, à la recherche des plaisirs que chacun de ces irrésistibles villages apporte autour de leurs églises blanches.

C’est grimper au sommet de Sant Miquel et s’arrêter pour acheter les ravissants bijoux de Natasha Collis, c’est manger la meilleure tortilla de l’île à Santa Agnes chez Can Cosmi, c’est passer à Sant Joan pour aller voir le phare de Portinatx dans un paysage presque lunaire, c’est s’arrêter dans n’importe quel petit magasin pour acheter un de ces typiques paniers tressés ou retourner à Santa Gertrudis se perdre dans la sublime Galeria Elefante, finca convertie en magasin de merveilles.

Et peut-être, au moins une fois, se rendre dans la ville d’Eivissa dénichant des trésors de connaisseurs, comme les robes indiennes de Vicente Ganesha ou les sacs faits main de Pedro. Sans manquer d’admirer depuis le sommet de la citadelle de Dalt Vila, cet Ibiza dont on s’empressera de rejoindre la 
partie sauvage.


Y aller
EasyJet offre des vols directs plusieurs fois par semaine. On loue ensuite une voiture
sur place pour sillonner l’île en méhari ou en jeep.

Y dormir
Deux adresses de charme, rurales et raffinées, près des plus jolis villages de l’île. L’impeccable Cas Gasi à San Gertrudis (www.casgasi.com) et Es Cucons (www.escucons.com) à Santa Agnès tout au nord.

Y manger
Au son des percussions, le dimanche soir à Elements (elements-ibiza.com) sur la plage de Benirras, haut lieu hippie. Lors d’une escapade en ville, on déguste des vraies tapas accompagnées de sangria blanche à la Bodega au pied des remparts (www.labodegaibiza.es).

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