En janvier 1938, Auden et Isherwood quittent l'Angleterre et rejoignent Canton, alors que le conflit sino-japonais vient d'éclater. Leur mission? Ramener un reportage sur cet Orient livré aux tumultes de la guerre. Bien qu'ils ne parlent pas un mot de chinois, ils vont s'acquitter de leur tâche comme de vrais journalistes, en décrivant les turpitudes de l'Histoire avec un flegme délicieusement décalé. Leur livre (Journey to a War) s'ouvre sur des poèmes d'Auden, puis c'est Isherwood qui prend la plume pour consigner leur périple à travers une Chine qu'ils écument comme des héros de Jules Verne, en compagnie de leur boy Tchiang. Les étapes? Canton, Hankéou (rencontre assez surréaliste avec Mme Tchang Kaï-chek et son époux, «le généralissime»), Tchengtchéou, et bien d'autres villes qui seront ralliées à bord de trains antédiluviens. Et puis, en mars 1938, les deux compères atterriront sur le front, où ils se frotteront aux obus japonais avec un sang-froid parfaitement british. A les lire, on a l'impression que ce conflit n'est pas très sérieux. N'empêche, leur enquête est précieuse pour retrouver le quotidien d'une guerre oubliée. Humour en prime.