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Sous la conduite de Jaap van Zweden, le Gstaad Festival Orchestra a livré une prestation de haute tenue.
© Raphaël Faux / Gstaadphotography.com

Classique

W comme Wagner et «West Side Story» à Gstaad

Le ténor Jonas Kaufmann était très attendu pour le premier acte de «La Walkyrie» samedi soir à Gstaad. Le lendemain, le festival projetait la comédie musicale de Leonard Bernstein avec un accompagnement d’orchestre dans la salle

Un orteil cassé? Aïe! Peu recommandé pour donner un concert! Très attendu au Gstaad Menuhin Festival, Jonas Kaufmann a chanté Wagner samedi soir sous la grande tente pleine à craquer. Le ténor allemand était accompagné par le chef néerlandais Jaap van Zweden et le Gstaad Festival Orchestra dans le premier acte de La Walkyrie, avec la soprano Martina Serafin en Sieglinde et le baryton-basse Falk Struckmann en Hunding.

Aussi surprenant que cela puisse paraître, Jonas Kaufmann a chanté tour à tour assis et debout. Il a posé plusieurs fois son pied sur un escabeau afin de soulager sa douleur. Comme il faisait chaud dans la salle, il a essuyé son front et son menton à plusieurs reprises aussi.

Couleur de voix idéale

Star parmi les stars, Jonas Kaufmann n’a pas voulu qu’une annonce publique soit faite pour l’excuser de sa condition physique. Familier du rôle de Siegmund, ce jeune héros wagnérien condamné à l’exil, qui retrouve inopinément sa sœur jumelle Sieglinde auprès du sinistre Hunding, le ténor a fait montre de son éloquence habituelle. La couleur de voix, plutôt sombre, cuivrée, est idéale pour ce rôle.

Certes, on aurait aimé un peu plus de fièvre par moments, le ténor s’économisant pour quelques passages clés comme les fameuses notes tenues sur «Wälse!» qu’il a décochées avec une puissance et une longueur de souffle phénoménale. Cette vaillance n’est pas donnée à tous, assortie d’une intelligence du texte peu commune.

Vaillant comme il se doit

La soprano autrichienne Martina Serafin, chevelure de lionne, impose un vrai personnage théâtral en Sieglinde. La voix est ample, puissante, avec de beaux graves, un medium soutenu et des aigus au métal tranchant, quoiqu’un peu stridents vers la fin du premier acte; le soyeux du timbre que l’on associe à la jeune Sieglinde, en revanche, n’y est pas. Falk Struckmann, à la voix noire, dure comme du granit (mais pas métallique), est impeccable en Hunding.

Quant à Jonas Kaufmann, le ténor illustre les différentes facettes de Siegmund, tour à tour blessé intérieurement, tendre dans «Winterstürme», et vaillant comme il se doit à la fin du premier acte. L’accompagnement orchestral est de grande qualité, tempétueux au début, précis, continu sur la durée malgré les innombrables ruptures et transitions.

Un orchestre charpenté de haute tenue

La première partie du concert était consacrée à des pages orchestrales de Wagner. Dans l’«Ouverture» des Maîtres chanteurs de Nuremberg, Jaap van Zweden impose un discours ferme et allant, aux lignes bien dessinées. Les cordes forment un bel ensemble homogène, auxquels répondent des cuivres sonores, sans jamais être écrasants (et tant pis pour les quelques fausses notes aux cors). Les bois sont joliment expressifs, notamment dans cet épisode où ils se retrouvent à jouer seuls.

Le «Prélude» de Tristan und Isolde respire cette même unité organique. S’il manque quelque chose, c’est une part de frémissement, d’indicible, tout le mystère qui émerge avec une battue un peu plus souple et moins contrôlée. Hormis cette réserve, on savoure la beauté de l’orchestre (écoutez ces violoncelles voluptueux!). Après le «Prélude» vient directement la «Mort d’Isolde» (sans voix chantée, hélas). La fameuse Chevauchée des Walkyries est énergique à souhait. Puissance épique, étalonnage des dynamiques, discipline de l’orchestre: nul doute que sous la conduite de Jaap van Zweden le Gstaad Festival Orchestra a fait des progrès et joue mieux que lorsqu’il était anciennement dirigé par Neeme Järvi.

«West Side Story» en ciné-concert

Le lendemain, le festival rendait hommage à Leonard Bernstein avec une projection sur grand écran de West Side Story dans la version originale filmée de 1961 (ici dans une superbe remastérisation). Le chef Ernst van Kiel et l’Orchestre symphonique de Bâle se tirent parfaitement d’affaire. On regrette simplement que l’orchestre, aux instruments amplifiés avec des haut-parleurs, sonne un peu trop fort. Plusieurs ont succombé à l’émotion de ce Roméo et Juliette new-yorkais des années 1950, toujours aussi poignant, toujours aussi moderne, avec sa thématique de factions ennemies incapables de se réconcilier au prix d’un terrible bain de sang.


Gstaad Menuhin Festival, jusqu’au 1er septembre.

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