«Pretaluz», une lumière de fond, comme détournée, sans éblouissement. «Pretaluz» – titre de l'album sublime que Waldemar Bastos signait il y a quelques mois –, c'est en premier lieu une aura. Celle d'un fado qui troquerait la nostalgie de Lisbonne pour les lucioles de l'Angola.

Waldemar Bastos, chantre guitariste, naît en 1954 dans ce pays qui ne semble avoir connu que le colonialisme, les guerres civiles et les dictatures iniques. Dans Luanda la déchirée, la musique se fait revendicatrice. Waldemar Bastos se dérobe à la politisation. Sa voix ne fera jamais la propagande des jeux du pouvoir. Elle chante les amours lancinantes, les cités décaties et les ancêtres muses. Des chansons comme des lamentations souriantes, oxymore de la misère.

Un jour, David Byrne, tête pensante des Talking Heads, découvre, on ne sait très bien dans quelles circonstances, cette voix et cette guitare. La séduction est immédiate. On convoque le génial brésilien Arto Lindsay pour produire l'album. Le triumvirat crée un disque alchimique. Mélopées jaillies du creuset afro-cubain, du terroir portugais et de l'âme noire. Chant tactile, rêche, pénétrant. Une voix pour l'Angola brûlé. Des textes qui invoquent implicitement la fin des conflits, la réunion des contraires. Pour qu'un jour Waldemar Bastos, désormais exilé au Portugal, puisse rentrer au pays… Ces ballades, on les connaît, Cesaria Evora chante presque les mêmes. Mais chez Bastos, il y a en plus une incertitude du lieu qui rend sa musique plus universelle qu'angolaise.

Intention ambiguë que d'avoir programmé la voix capiteuse de Bastos avant celle, saturée, de Rachid Taha. D'une manière presque didactique, le Festival de Montreux invite ce soir en son sein le meilleur et le pire de la World Music.

Waldemar Bastos en concert au Festival de jazz de Montreux ce soir, au Miles Davis Hall, dès 21 h.