Cinéma

«Wallay», ou comment accepter son identité métissée

Le Festival Cinémas d’Afrique de Lausanne projette en ouverture, ce jeudi, un beau et sensible récit initiatique du réalisateur helvético-burkinabé Berni Goldblat

C’est à une première suisse que nous convie jeudi soir à Lausanne le Festival Cinémas d’Afrique pour la soirée inaugurale de sa 12e édition. Celle de Wallay, beau récit initiatique signé Berni Goldblat, auteur en 2009 d’un excellent documentaire, Ceux de la colline, sur une région du Burkina Faso transformée par les orpailleurs.

Dans ce premier long-métrage de fiction, le réalisateur helvético-burkinabé raconte l’histoire d’Ady, un préadolescent turbulent envoyé par son père au Burkina Faso chez son oncle Amadou, qui compte bien le remettre sur le droit chemin tout en le reconnectant avec ses racines et un pays qu’il n’a jamais connu.

Wallay, projeté en première mondiale en février dernier à la Berlinale, aura mis dix ans à voir le jour. Signée David Bouchet, une première version du scénario est d’abord proposée au Guinéen Gahité Fofana. Lequel, en 2010, contacte Berni Godblat pour lui parler de ce projet qu’il a réécrit mais n’arrive finalement pas à réaliser.

Très intéressé par ce récit qui renverse la dialectique habituelle pour raconter un voyage du Nord au Sud, et non une énième histoire de migrant débarquant en Europe, le réalisateur s’empare de cette histoire pour lui aussi lui apporter des changements, s’inspirant notamment de sa propre expérience – il est né en Suède, est marié à une Burkinabée et vit aujourd’hui à Genève – et de celle de gens croisés sur sa route.

Subtiles nuances

Si Wallay se déroule au Burkina Faso, dans la région de Gaoua, il aurait tout aussi bien pu se dérouler en Amérique latine ou en Asie. Le parcours intérieur que devra faire Ady pour accepter son identité métissée a en effet quelque chose d’universel.

Quant à la manière qu’a Berni Goldblat de mener son récit sans excès de sentimentalisme et sans aucune sur-dramatisation, elle achève de faire du film une œuvre juste et sensible, toujours dans la subtile nuance plutôt que dans l’affirmation univoque. Si le scénario originel tendait plutôt vers la comédie, explique le cinéaste, il y a apporté plus d’ambivalence, privilégiant une tonalité douce-amère. Et de citer Truffaut: «On tourne contre le scénario, on monte contre le tournage.»

Cinomade

Très actif au Burkina Faso, où il a créé l’association Cinomade – qui promeut le cinéma comme outil de sensibilisation – et où il se bat pour la réhabilitation d’une salle à Bobo-Dioulasso, Berni Goldblat a présenté Wallay lors du fameux Festival panafricain du cinéma de Ouagadougou, peu après Berlin.

«C’était stressant, car le film rentrait en quelque sorte à la maison, toute l’équipe était présente, avec famille et amis. Mais la projection fut magnifique et émouvante. Alors qu’en Europe les gens s’identifient avant tout à Ady, les spectateurs se retrouvaient aussi dans d’autres personnages.»


Festival Cinémas d’Afrique, Cinémathèque suisse et Casino de Montbenon, Lausanne, du 17 au 20 août. Projection de «Wallay», en présence du réalisateur Berni Goldblat, jeudi 17 à 21h (Théâtre de Verdure) et dimanche 20 (Salle Paderewski).

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