Alors que la Belgique, en campagne électorale au niveau fédéral, s'apprête à vivre une nouvelle fois son psychodrame identitaire, les professionnels du cinéma sont formels: dans le septième art, aucune tension culturelle sérieuse ne menace. Selon Annemie Degryse, l'énergique responsable du service de promotion des films flamands (Flanders Image), «le cinéma ne connaît pas de combat des langues comme le monde politique. Les tournages se font le plus souvent dans les deux langues.» Les films des frères Dardenne, qui sont jugés très wallons, sont aussi soutenus par des organismes flamands. La différence reste toutefois forte entre des francophones qui brillent dans les festivals et des Flamands qui peinent à placer leurs productions. Longtemps, les films qui atteignaient les Pays-Bas étaient doublés… en néerlandais, l'accent flamand étant jugé inconvenant. Ces dernières années, le nord de la Belgique a pourtant redoublé d'efforts en élargissant sa palette: productions populaires faisant appel à des vedettes de la télévision, thrillers – tels que le récent Alias – visant explicitement un public jeune, ou comédies sociales comme Hop, odyssée de Burundais à Bruxelles.

Epargnés au travail, les cinéastes sont touchés par les tensions identitaires en aval. Lorsqu'il s'agit de promouvoir en commun les films belges à Cannes ou Locarno, il se trouve toujours un fonctionnaire ou un politicien pour se demander si la présence de l'une des communautés n'est pas masquée par l'autre. Les Enfants de l'amour, présenté à Soleure, a illustré les contorsions ultimes: financé par une association, réalisé par des Flamands mais tourné en Wallonie et en français, il n'a été reconnu par aucune des deux communautés.

«Il est impossible de faire un film 100% belge», soupire son producteur Mariano Vanhoof, 28 ans, qui pense se tourner vers les Pays-Bas, l'Allemagne et l'Italie pour prolonger l'exploitation de son film. Car les Wallons l'ont boudé.