Après les contes de fées, Disney se tourne vers le futur

Animation Le studio se diversifie avec «Les Nouveaux Héros», un produit de science-fiction, option manga

Le robot Baymax est le nouvel ami des gosses

La science-fiction n’est pas le fort de Disney, plutôt porté sur les contes de fées. Dans le genre, le studio n’a guère produit que L’Atlantide, La Planète au trésor, Lilo & Stitch et Chicken Little. Mais les temps changent, les goûts du public aussi et le service comptable veille au grain. Après La Reine des neiges (Frozen) en 2013, le plus gros succès jamais enregistré par un film d’animation, avec des recettes mondiales frôlant 1,3 milliard de dollars, il fallait frapper fort. Et viser un nouveau public. Car si La Reine a rendu le goût des robes de princesse aux petites filles (les atours d’Elsa et d’Anna ont été les plus vendus à Halloween), les garçons ont moins adhéré. Les Nouveaux Héros leur est prioritairement destiné – avec un accent mis sur les kids du Japon.

Dès Fu Manchu et Anna May Wong, des liens d’amour-haine se sont développés entre Hollywood et l’Asie. Le 54e «classique d’animation» des studios Disney développe cette connivence jusqu’au syncrétisme. L’action se déroule à San Fransokyo, une ville face à la mer dont on reconnaît les pentes de Bullitt et de Vertigo, mais qui a subi un lifting oriental. Les enseignes, les objets familiers, les tableaux aux murs sont japonais; même le Golden Gate a été redessiné en mode torii. Les habitants de cette mégapole aux deux cultures sont tous plus ou moins métis, mi-caucasiens, mi-asiatiques, mi-manga, mi-Mickey.

A 14 ans, Hiro Hamada, est un cybernéticien de génie. Il a créé des microbots, des sortes de tricounis à l’intelligence artificielle affûtée qui se combinent en eux pour créer toutes les formes imaginables. L’insouciant chenapan les engage dans des combats de robots (cf. Real Steel). Son grand frère, Tadashi, le détourne des paris clandestins en l’emmenant dans le ­laboratoire de recherches cybernétiques. Quand Tadashi perd la vie dans l’incendie qui ravage l’université, Hiro sombre dans la dépression.

Il reprend goût à la vie grâce à Baymax, le robot médecin créé par Tadashi, la plus belle invention humaine et graphique du film. Baymax tient dans un caisson de dimensions modestes. Une blessure même superficielle suffit à l’activer. Il se gonfle et prend sa stature impressionnante. C’est un gros bibendum, aussi blanc qu’Olaf le bonhomme de neige de Frozen, mais placide, moelleux comme un marshmallow, et aussi rassurant que le Totoro de Miyazaki. Il guérit Hiro et l’accompagne dans ses aventures. Car un super-vilain a volé les microbots et en a fait une arme absolue. Un tsunami de particules métalliques qu’il organise en tentacules, en javelots, en fléaux…

La première partie du film, mélancolique, est admirable. Le génie de la mise en scène culmine quand Hiro va au commissariat expliquer qu’il a été attaqué par un méchant portant un masque de kabuki et contrôlant un flux de particules combinatoires. Le regard immensément las que le factionnaire pose sur Baymax en train de rustiner son tégument synthétique est irrésistible. Ensuite, la routine du blockbuster reprend fatalement ses droits.

Hiro enfile Baymax dans une armure de samouraï volant et apprend au flegmatique synthézoïde à se battre. Il sauve la planète avec les gars et les filles du labo: GoGo Tamago, une accro à l’adrénaline, Wasabi, un malabar afro flippé, Honey Lemon, un chimiste à lunettes, et Fred, dit «Fredzilla», héritier millionnaire et geek absolu, préférant collectionner les comix plutôt que les voitures de sport. La croisade passe par une île de savant fou, sur le modèle déposé par le Dr No en 1962, et une virée outre-espace, comme celle faite par Iron Man dans Avengers.

Traduction plate de Big Hero 6, Les Nouveaux Héros sonne comme un slogan commercial. Les Nouveaux Héros, achetez leurs figurines! Hiro, Baymax & Cie sont les nouveaux agents d’une stratégie commerciale globalisée. En 2006, la vieillissante Walt Disney Company a racheté pour 7,4 milliards de dollars Pixar, la start-up millionnaire de John Lasseter, histoire d’acquérir une inventivité qu’elle n’avait plus.

On a pu craindre une dissolution de l’esprit Pixar (Le Monde de Nemo, Toy Story, Monsters & Cie) dans la guimauve de l’oncle Walt. C’est le contraire qui s’est passé: John Lasseter et ses boys ont redynamisé l’empire, comme en atteste Raiponce (2010), un des dessins animés les plus vifs jamais produits par Disney.

Ragaillardie, la société s’est payé en 2009 Marvel Comics, la maison d’édition détenant la plus lucrative des écuries de super-héros (Spider-Man, Iron Man, Captain America… et Big Hero 6, conçus pour le marché japonais), puis Lucasfilm en 2012, pour relancer la franchise Star Wars (The Force Awakens sort le 18 décembre). Disney règne désormais en maître absolu sur la culture populaire. Les Nouveaux Héros reviendront bientôt.

VV Les Nouveaux Héros (Big Hero 6), de Don Hall et Chris Williams (Etats-Unis, 2015). 1h42.

Baymax, un robot moelleux comme un marshmallow et aussi rassurant que le Totoro de Miyazaki