Pierres de rêve

Wang Fei, poèmes visuels

Wang Fei et les pierres de rêve

La pierre est au cœur de l’exposition de Wang Fei au Manoir de Cologny, à Genève. Pierre dont sont constitués les sceaux, gravés d’évocations et de préceptes: «Les cœurs battant à l’unisson se comprennent au moindre signe.» Pierres de rêve, paysages à elles seules, où l’artiste inscrit ses signes: il s’agit de fines couches translucides, taillées en forme de cercle et montées dans un cadre, puis passées à la cire, où les veines ont tout loisir d’évoquer le jour, la nuit, la montagne et la mer, et surtout le murmure des mots. Il suffit de quelques idéogrammes pour que l’imaginaire se focalise sur une image, une émotion.

Aux cimaises sont accrochées des peintures, des calligraphies et quelques grandes photographies en noir et blanc. Le tout est rattaché à la même inspiration, au même monde qu’on n’explore que dans le silence du regard. En référence à la tradition picturale chinoise, ce sont des brumes, qui voilent la lune, ou pas, une beauté «qui n’a pas besoin de s’exprimer», des voyageurs gravissant la montagne de l’âme, d’où se déversent des cascades «comme un rideau de soie». La plus fantasque, en apparence, une grande calligraphie, vigoureuse et originale, reprend un poème de Wang Duo (XVIIe siècle) sur la nature, le retrait, le soulagement. Les «idées» tracées au pinceau, rondes telles des bulles, s’entremêlent et rebondissent, relancent la fortune de ce poème, qu’elles traduisent visuellement.

Métamorphoses

La matière, la pierre, son froid, son poids, ainsi mis au service d’entités évanescentes, comme le passage du temps, émeuvent secrètement. C’est d’ailleurs le propre de toutes les formes de transmutation, de métamorphose: leur caractère inouï (on n’en comprend pas le mécanisme) nous ravit. C’est ainsi que «La montagne n’est plus la montagne; l’eau n’est plus l’eau». Et que bientôt «La montagne est à nouveau la montagne; l’eau est à nouveau l’eau». Quant aux peintures au lavis, elles reprennent les motifs de flancs escarpés et de cabanes isolées, à la façon d’une mosaïque de lambeaux de tissu, d’un assemblage qui finit par recouvrir l’espace du papier.

Wang Fei: Rêves de pierre, pierre de rêve. Manoir de Cologny, pl. du Manoir 4, Cologny/Genève. Je-sa 15-18h, di 15-17h. Jusqu’au 25 novembre.

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