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CINÉMA

«War Photographer», portrait d'un prince

Dans un documentaire exceptionnel, le Soleurois Christian Frei éclaire le mystère de «Gentleman Jim» Nachtwey, baroudeur malgré lui.

Kosovo 1999, des fermes en ruines encore fumantes. Alors qu'on rassemble les corps, un photographe s'immisce dans ce travail macabre, cadre l'horreur puis les femmes qui pleurent leurs maris ou leurs enfants tués. Mais qu'est-ce donc que ce charognard? N'est-il pas indécent de gagner ainsi sa vie sur le malheur des autres, en profitant de l'appétit d'une presse occidentale toujours friande? Et puis, pourquoi consacrer un film à un tel personnage sinon par goût du sensationnel? Autant dire que c'est avec la plus grande méfiance, pas vraiment rassuré par sa nomination aux Oscars hollywoodiens, qu'on aborde ce documentaire de Christian Frei, success story de l'année du cinéma suisse (lire aussi l'interview dans le Samedi culturel, p. 53).

La surprise n'en est que plus grande de découvrir un prince plutôt qu'un vautour. Et un film marquant, bien plus intelligent qu'il pouvait y paraître de prime abord. L'Américain James Nachtwey est devenu LA référence dans son métier: photo-reporter de guerre, il a été sur tous les fronts en vingt-cinq ans de carrière, mais aussi sur ceux moins «chauds» de la pauvreté, de la maladie et de la famine. Le 11 septembre 2001, il a été l'un des premiers au World Trade Center et n'a survécu que par miracle à l'écroulement de la deuxième tour. Ses reportages sur cette tragédie ont fait le tour du monde, ce qui ne l'a pas empêché de retourner peu après en Afrique se pencher sur les victimes du sida. Comme le dit une collègue au début du film, cet homme est un mystère. Qu'est-ce qui le fait courir ainsi, se mettre perpétuellement en danger, emmagasiner tant d'horreur et sacrifier toute chance d'une vie stable?

War Photographer répond en documentant son travail de A à Z, sur le terrain (Kosovo, Indonésie et Palestine), chez lui à New York et dans quelques rédactions. En émerge le portrait complexe d'un homme qui s'est donné une mission: témoigner pour que le monde change, ne serait-ce qu'un tout petit peu. Le Vietnam a été son déclic, après que des photos lui ont fait découvrir l'inanité des discours officiels. Depuis, il sillonne le monde en cultivant une modestie paradoxale, en essayant de toujours respecter ceux qu'il photographie. Au-delà du portrait, Christian Frei sait aussi poser les bonnes questions sur les contradictions de ce métier. Même l'usage de musique (Arvo Pärt et autres artistes du catalogue ECM), d'abord gênant, paraît finalement judicieux, au diapason de la gravité du personnage. On sort de là songeur, mais inspiré par un tel engagement.

«War Photographer», de Christian Frei (Suisse, 2001), avec James Nachtwey. A l'affiche à Genève, La Chaux-de-Fonds et Neuchâtel. Dès le 9 octobre, à Lausanne et Fribourg.

Site officiel: http://www.war-photographer.com

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