Présenté comme un House of Cards africain par l’un de ses créateurs, Charli Beléteau, Wara considère en réalité la chose politique d’un point de vue radicalement opposé à celui de la série américaine. Pas question de mettre en scène la corruption des êtres par le pouvoir, mais au contraire d’opposer, dans le cadre d’une campagne municipale, l’idéalisme de la jeunesse à la vénalité des anciens, l’intégrité des intellectuels militants aux compromissions des fonctionnaires.

C’est qu’il s’agit au moins autant d’éduquer que de distraire. Vigoureusement soutenu par l’Agence française de développement et l’Organisation internationale de la francophonie, Wara aspire de toute évidence à faire renaître chez son public la confiance à l’égard du processus démocratique. Heureusement, la série ne se résume pas à ce projet d’éducation civique et mélange énergiquement les considérations sur l’engagement citoyen et les figures du mélodrame.

Nous sommes en 2024 (ce qui devrait suffire pour éviter qu’un ministre ou un chef de parti en exercice ne se sente visé), dans une ville imaginaire, Tanasanga – la série a été tournée à Saint-Louis, sans insister sur le charme désuet des vieux quartiers de l’ancienne capitale du Sénégal. Les étudiants de l’université locale se mobilisent pour obtenir le versement de leur bourse. Les commerçantes du marché vétuste se battent contre leur expulsion, fomentée par un promoteur immobilier. Aïcha Diallo (France Nancy Goulian) est à la fois la meilleure élève du professeur de droit constitutionnel Moutari Wara (Issaka Sawadogo) et la petite-fille d’une des marchandes. Elle réunit en sa personne toutes les qualités militantes d’une génération qui, dans la réalité, au Burkina Faso ou au Sénégal, se soulève sans relâche pour extirper la corruption.

Procès du patriarcat

Moutari Wara incarne, lui, la lassitude des aînés qui ont conduit le mouvement pour la démocratie à la fin des années 1980 et qui, après s’être heurtés à la violence des restaurations, se sont résignés au silence. Dans le même mouvement, Mariam Shugger (Maïmouna N'Diaye), professeure de pharmacologie à la faculté, se dénonce aux autorités: il y a vingt ans, alors qu’elle s’appelait Yasmin Diallo, elle a tué, la nuit de ses noces, l’homme auquel on l’avait mariée de force. Incarcérée, l’universitaire se débat pour faire de son procès celui du patriarcat. Cette cause politique se double d’un secret intime, qui tire l’intrigue du côté du mélodrame.

Lire aussi:  En Afrique, les projets fleurissent contre la désinformation et la corruption liée au covid

La série avance ainsi, alignant des situations politiques qui résument, parfois grossièrement, les problèmes sinon d’un continent, au moins d’une région, l’Afrique de l’Ouest, et les péripéties romanesques qui nourrissent l’énergie du récit et donnent un peu de grain à moudre aux acteurs, dont certains, à l’instar de Souleymane Seye Ndiaye, qui incarne le recteur de l’université pris entre deux feux, sont excellents.

On peut aussi s’intéresser à Wara en recensant tout ce que cette fresque ambitieuse a laissé hors champ: dans ce coin de l’Afrique du futur, on ne verra qu’un seul religieux, le pasteur d’une église protestante; une jeune femme peut embrasser son petit ami en public; tout le monde parle français. Les scénaristes ont manifestement fait le pari que d’ici à 2024, les antagonismes ou les conflits ouverts entre confessions, entre communautés, auront tous été résolus.


Wara, une série en 8 épisodes créée par Magagi Issoufou Sani et Charli Beléteau. Disponible sur TV5mondeplus.