Images fragiles et transparentes, les scènes de Wassilissa, série signée Annelies Strba (dont l’œuvre vient par ailleurs d’être exposée au Kunsthaus de Zoug, sa ville natale), oscillent entre la photographie et le dessin. Pour thème, qui est d’ailleurs le thème principal ou unique de l’entier de la production de l’artiste photographe, la femme, ou la jeune fille en fleur. Une femme allongée dans un sous-bois, un pré. Une femme-paysage…

Annelies Strba s’inspire ici d’un conte slave intitulé du nom de son héroïne, Wassilissa, prétexte d’un retour à l’univers de l’enfance dont on conserve la nostalgie. Le personnage féminin apparaît en surimpression par-dessus différents décors, un sol carrelé, une grève, à perte de vue, un divan recouvert d’un tissu fleuri, magnifique jeu de couleurs. Sans doute la jeune fille photographiée est-elle assoupie, mais on ne peut s’empêcher, en la regardant, de songer à la mort. Peut-être parce que son corps semble découpé dans du papier, et semblable au contour d’un corps tracé à l’emplacement où il est tombé. Ou parce que le sommeil pose sur le visage un masque d’une telle pâleur, d’une telle placidité, qu’on l’imagine éternel.

Wassilissa endormie dans toutes les positions, au creux d’un fauteuil, à plat sur un tapis, perd de sa consistance, d’autant plus qu’Annelies Strba, qui intervient à l’ordinateur sur ses propres clichés, escamote les effets de profondeur, réduit l’image à ce qu’elle est en effet, une surface plane, une estampe. Les références à cette légende slave très populaire s’enrichissent d’autres références, rappel de la destinée d’Ophélie «couchée en ses longs voiles», ou des origines grecques du prénom Wassilissa, la reine.

Force de l’innocence

Le personnage de l’enfant maltraitée par sa marâtre et aidée de sa poupée, et qui finit par devenir une reine, illustre la force de ces femmes-enfants et de l’innocence en général. Innocence qui n’est pas sans aller de pair avec un esprit vif et beaucoup d’astuce.

Complémentaires de ce cycle raffiné et poétique sont exposées de plus grandes photographies sur toile, dotées de coloris intenses et d’un flou qui génère trouble et fascination. Là encore, la jeune fille – parfois remplacée par de simples fleurs – épouse le paysage, se fond dans le soleil ou l’ombre des sous-bois. Un travail merveilleux.

Annelies Strba: Wassilissa et photographies sur toile. Galerie Anton Meier, Palais de l’Athénée, rue de l’Athénée 2, Genève, tél. 022 311 14 50. Ma-ve 14-18h30, sa 10-13h. Jusqu’au 29 juin. Voir www.antonmeier-galerie.ch