Wayne Shorter

Beyond the Sound Barrier

(Verve/Universal)

Il pose, le sourire incisif, un poing devant, un poing derrière, en intérieur de pochette. Wayne Superman. Cela ne surprend pas plus que cela. Il suffit de rencontrer Shorter et avoir mille questions sur l'histoire de la musique, le feulé du saxophone, sa contribution au jazz de la rocaille et des nébuleuses, pour saisir que le bonhomme n'aime parler que de science-fiction. Passion furieuse pour les romans ferroviaires et les soucoupes clignotantes. Dans son dernier disque en quartette officiel, Wayne Shorter rend un tribut admiratif à certains Dr. Frankenstein de la découverte faite maison et des aux pousse-frontières. Une Henrietta Bradberry, experte dans la propulsion sous-marine en salle de bains. Un Gary Morgan, inventeur des signaux de circulation et du masque à gaz.

Wayne Shorter, qui n'est pas le dernier quand il s'agit de repousser le mur du son (d'où le titre de l'album, oui), appartient lui aussi à la race des Géo Trouvetout. Avec le pianiste Danilo Perez, drôle de Panaméen monkien, et le batteur Brian Blade, toujours à deux doigts du calypso sans y tomber, il s'enfile chez Mendelssohn ou Arthur Penn. Il pratique l'association d'idées, les tables tournantes. Il demande au swing de s'infiltrer dans les interstices laissés pour lui. Ailleurs, son contrebassiste John Patitucci fait le pataud, ici il exulte à demi-mot. Sans doute le quartette le plus quantique de ce début de siècle terroriste. Le génie de Wayne Shorter? Sa propension à croire aux invasions cosmiques le mue, de plus en plus, en extraterrestre.