Aller contre les éléments et y aller gaiement! Alors que, depuis la rentrée, les directeurs se plaignent du peu d’enthousiasme du public à revenir dans les salles, la Fête du théâtre invite la population genevoise à célébrer ce week-end, du 8 au 10 octobre, cet art dont Molière disait qu’il «n’était fait que pour être vu». «Les réservations sont timides. L’an dernier, à pareille époque, 80% des activités étaient complètes, cette année, on se situe plutôt autour du 30%. Mais on espère que les gens se décideront au dernier moment et que la fête sera belle», commence Delphine Rosay, comédienne et formatrice, devenue coresponsable de la manifestation.

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Les Genevois auraient tort de bouder l’événement. De vendredi à dimanche, on pourra bien sûr voir des spectacles gratuitement. Mais on pourra aussi suivre un super marathon – cinq pièces dans la foulée –, apprendre les rudiments de la figuration avec le fascinant Pierre Mifsud, se balader avec Danielle Chaperon qui dira tout du théâtre contemporain ou encore croiser Maria Mettral en grande conversation avec un tableau, au Musée d’art et d’histoire. Soixante activités, gratuites pour la plupart, dans et hors les murs.

Pour la neuvième fois, Genève fait sa fête au théâtre. Quelles sont les innovations, cette année?

Delphine Rosay: Il y en a deux. D’une part, nous organisons The Super Marathon, c’est-à-dire cinq spectacles qui s’enchaînent samedi de 10h30 à 22h dans cinq théâtres genevois. Ces représentations sont gratuites et les spectateurs peuvent s’inscrire pour un semi-marathon s’ils ne se sentent pas les forces pour la totalité. La thématique des spectacles? Il sera question du parcours d’une migrante, du cas des milliers d’enfants qui, dans la Suisse de l’après-guerre, ont été arrachés à leurs parents pour délit de pauvreté, des applications de rencontres amoureuses, d’un frère mort peu de temps après sa naissance qui est retrouvé par sa sœur à travers les voies de l’inconscient et du devoir de désobéissance. Chaque fois, des créations locales qui invitent le spectateur à se positionner politiquement et personnellement.

Et la deuxième nouveauté?

Nous proposons pour la première fois une programmation numérique dans la continuité du boum virtuel qui a explosé pendant la pandémie. Tant qu’à offrir des spectacles en ligne, autant ouvrir une lucarne sur une région éloignée. Cette année, c’est la Suisse alémanique qui est dévoilée avec sept pièces à visionner. L’an prochain, ce pourra être le Tessin. Puis, on mettra sans doute un focus sur un pays, en fonction de son actualité.

Mais la Fête du théâtre, c’est surtout du vivant et de la proximité. Comme cette belle initiative des «walking talks»…

Le principe consiste à se balader avec un spécialiste tout en écoutant son expertise. Vendredi à 18h30, David Valère et Daniel Thürler feront visiter le Théâtricul, petit théâtre qui a la bonne idée d’être tout près de la gare du CEVA de Chêne-Bourg. Samedi à 11h, Jonathan O’Hear interrogera la relation parfois malaisée entre théâtre et technologie en partant de Saint-Gervais. Et dimanche à 11h, Danielle Chaperon donnera sa définition du théâtre contemporain, au départ de Pitoëff.

Et puis, il y a cette belle possibilité de lancer son corps dans la bataille grâce à des ateliers de rap, d’improvisation, de chant, etc.

Oui l’offre est généreuse et je tiens à rappeler qu’aucun de ces treize ateliers n’exige une connaissance préalable. Il y a en effet les stages physiques, de jeu, de mouvement, d’impro, de chant, d’apprentissage de la figuration, etc. Et il existe aussi des ateliers pour apprendre à regarder un spectacle – c’est Philippe Macasdar qui aiguise le regard –, ou pour s’initier à l’écriture théâtrale. Plus étrange encore, un atelier invite les participants à créer une œuvre avec l’assistance d’un robot doté d’intelligence artificielle. Un pari qui, dit l’équipe à l’œuvre, est à la fois excitant et frustrant.

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A propos de frustration, on vous a souvent vue, Delphine Rosay, dans les spectacles de l’Alakran. Vous reprenez la codirection de la Fête du théâtre après avoir été coordinatrice de filière à la Haute Ecole de théâtre. La scène ne vous manque pas?

Non, organiser la transmission à La Manufacture à Lausanne m’a passionnée. Et, comme je me suis éloignée du tissu théâtral genevois pendant huit ans, je suis très heureuse de pouvoir m’immerger à nouveau dans ce terreau. J’aime l’idée de la fête et j’aime cette initiative de fédérer tous ces langages et toutes ces esthétiques dans une manifestation. Genève compte 27 théâtres, c’est une force de proposition inouïe pour la vitalité du canton, une force qui mérite bien une fête!


La Fête du théâtre, du 8 au 10 octobre, Genève