Paranormal Activity, Ouija, The Purge, Insidious… Ces noms sonnent doux à l’oreille du fan d’épouvante. Le point commun entre ces franchises populaires? Elles sont toutes signées Blumhouse Productions, une société fondée il y a vingt ans par le producteur américain Jason Blum. Un spécialiste du cinéma d’horreur, à la recette redoutable: un budget minimum pour un maximum de frissons – et une rentabilité monstrueuse: le premier volet de Paranormal Activity, produit en 2007 pour 15 000 dollars seulement, rapportait 190 millions.

Ces dernières années, Blumhouse a heureusement su se diversifier, troquant les maisons hantées et les garçonnets possédés pour des productions plus ambitieuses comme Get Out, le récent Invisible Man ou, dans un tout autre genre, BlacKkKlansman.

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Habituées aux grands complexes de cinéma, les productions Blum partent aussi à la conquête des plateformes de streaming. Après Into the Dark, anthologie horrifique diffusée sur Hulu, le magna de l’angoisse investit à présent Amazon Prime avec une série spéciale Halloween.

Revenant désarticulé

Welcome to the Blumhouse, mise en ligne au début du mois, se décline en quatre films, dont trois ont été produits pour l’occasion. Derrière la caméra, des réalisateurs et réalisatrices encore relativement méconnu(e)s, façon pour cette grosse machine d’encourager les talents. Et s’il n’est pas aussi solide ou novateur qu’un Jordan Peel, le résultat vaut le coup d’œil. Attention: celui qui s’attend aux habituels jump scares, démons ou bandes-sons fracassantes sera déçu. Plus que des films d’horreur, il s’agit d’avantage de thrillers psychologiques, où la violence est latente comme dans un mauvais rêve.

Un cauchemar, c’est exactement ce qu’a l’impression de vivre Nolan, le héros de Black Box. Ce père de famille vient de perdre sa femme dans un accident dont il est ressorti amnésique – sa fille, 7 ans à peine, se charge des repas et de lui rendre la mémoire. Pour accélérer le processus, Nolan accepte de se soumettre à l’expérience neurologique menée par une médecin visionnaire (femme noire sexagénaire, pour une fois): revivre ses souvenirs traumatiques en réalité virtuelle. Il y croisera des figures sans visage et même un revenant désarticulé…

De ce scénario plutôt convenu, qui demanderait une bonne dose d’affinage – la figure de la scientifique dont-il-faut-se-méfier est vue et revue –, on retiendra surtout la performance remarquable de Mamoudou Athie en père déchiré, incapable de concilier celui qu’il était, celui qu’il est devenu et ceux qu’il aime.

Vile prophétie

Les secrets familiaux sont aussi au cœur de The Lie. Cette adaptation d’un film allemand signée Veena Sud (à qui l’on doit la version américaine de The Killing) raconte le drame de Kayla, ado mal dans sa peau qui a commis l’irréparable: pousser sa meilleure amie d’un pont. Ses parents, divorcés, décident de s’allier pour couvrir le meurtre, en empêtrant peu à peu la famille dans une série de mensonges intenables. Thriller lancinant et habile, The Lie joue la carte de la retenue. Il installe une atmosphère pesante, renforcée par de longs plans de l’appartement familial ultra-design, qui disent toute l’attente et la terreur.

Autre ambiance dans Devil Eye, qui mêle suspense et romance à la sauce indienne: Pallavi, que sa mère désespère de voir se marier, trouve enfin l’homme parfait – et du pays, qui plus est. Mais serait-il l’incarnation d’un ancien ennemi? Au-delà du discours sur les violences domestiques, Devil Eye est le moins intéressant du quatuor.

Proposition plus délicate et arty de la réalisatrice Zu Quirke, Nocturne laisse sur la langue un bon goût de malaise. A l’image de celui qui s’installe entre Juliet et sa sœur Viviane, toutes deux pianistes en devenir dans une prestigieuse école. Rongée par le succès et la popularité de Viviane, Juliet se met en tête de la détrôner, au moment où les étranges partitions d’une étudiante décédée tombent entre ses mains… Ou quand nos plus sombres désirs ont des airs de prophétie dévastatrice.

Familles gangrenées et effroi font donc bon ménage dans cette nouvelle fournée Blumhouse. Et si elle vous laissait sur votre faim, quatre nouveaux films seront dévoilés l’an prochain.


«Welcome to the Blumhouse», série de quatre films d’environ 90 minutes, disponibles sur Amazon Prime Video.