Il ne croyait pas en sa propre vieillesse. C'était en 2002, dans un Congo qui sentait la poudre. Papa Wendo enregistrait son disque du grand retour, dans un studio dont la devanture était un bar à bières. Chapeau, chemise à l'effigie de Kabila, il cachait son absence totale de rides derrière une mine de guerrier las. On était allé chercher en hélicoptère, pour la session, son vieil ami de Brazzaville. Un joueur de lames qui avait connu, comme lui, les nuits sans fond de Kinshasa. Quand la rumba africaine se fomentait sous les minijupes de l'Indépendance. Antoine Wendo Kolosoy est mort, lundi, à 82 ans. Il rejoint Patrice Lumumba, dont il partageait le lit, certains matins de résistance.

En réalité, il ne fallait lui poser aucune question d'ordre politique. Sous peine de le voir mouiller sa bouche trois fois et replonger dans ses pensées. Dans sa cour menue, trois fois plus petite que celle des starlettes congolaises qui lui ont succédé, Wendo se comportait en boxeur. Sa première carrière, celle de l'esquive. Il voulait bien évoquer son tube, «Marie-Louise», un 78tours gravé en 1952. Une aubade légèrement libidinale qui lui avait valu l'excommunication de l'Eglise catholique. Sa plus grande fierté. Avec les années passées sur les rafiots oxydés du fleuve Congo, quand il y exerçait la mécanique - le film de Jacques Sarasin en 2007 rappelait ce passé de marinier.

Il les tabassait tous, ceux qui le contredisaient sur le pont d'un navire ou sur la scène d'un cabaret. Et pourtant, il y avait de la douceur, presque de la féminité sur cette voix. Dans ce studio de Kinshasa, c'était un vieux monsieur à l'air jeune qui roulait ses gammes de falsetto, de yodle austral. Il lui suffisait de se déhancher vers la droite, pour se souvenir de cette rumba, importée par les diamantaires cubains, dont le Congo s'était fait une identité. Wendo, dans les années 1950 et 1960, appartenait à une nouvelle classe d'orchestres grisants qui allaient conquérir l'Afrique. L'OK Jazz, l'Africa Jazz et son Victoria Kin qui se faisaient la guerre des contredanses et des pas de deux.

Renaissance

Avant que Mobutu ne remise définitivement la plupart des rêves de conquête. Et que Wendo se retrouve en indélicatesse. Longtemps, on le coupe du chant. Il administre un théâtre, manie son vibrato glacé de yodleur nègre dans l'intimité. Il attend qu'on vienne le chercher. Mais il faut un Français, le producteur Christian Mousset et le label Marabi, pour que cette allure, ce prodige de la chanson cuivrée, ne retrouve la route. Une renaissance à la Buena Vista Social Club, sans les millions. La promesse tenue, pour Papa Wendo, d'une aventure reprise là où elle n'aurait jamais dû s'interrompre.