Après quelques années dans l'ombre, les images de Werner Bischof sont exposées en France, à La Filature de Mulhouse. Un hommage en 150 tirages pour revoir l'œuvre riche, émouvante et inoubliable de ce photographe suisse mort tragiquement en 1954.

Né à Zurich en 1916, il est l'élève de Hans Finsler, dont la rigueur graphique et le sens de la lumière laisseront une trace marquante dans son travail. Dès l'âge de 20 ans collaborateur régulier à la revue DU, il réalise ses premiers reportages dans la France, l'Allemagne et la Hollande dévastées. Il rejoint l'équipe de Magnum en 1949 et travaille à un rythme très soutenu pour des magazines prestigieux dont Life. En plus de l'Europe, sillonnée du nord au sud et d'ouest en est, il rend compte de la famine en Inde, s'arrête une année au Japon, traverse les conflits asiatiques et, après une escale à New York, s'embarque pour l'Amérique du Sud, d'où il ne reviendra pas.

De tous ses voyages à travers le monde tourmenté, il ramène des photographies très fortes et dignes qui échappent, par l'éthique et la sensibilité du regard de leur auteur, au danger guettant tout reporter: l'exploitation esthétique de la misère humaine. Comme en témoigne cet extrait de lettre envoyée à sa femme, Rosellina, Werner Bischof n'a jamais cessé durant sa courte vie de se questionner sur l'utilité de ses actes et de réfléchir au sens de la démarche photographique en général: «Je n'éprouve plus ici dans mon travail la joie des premières expériences, tout est voilé par le besoin de gagner de l'argent, de «construire» pour rendre l'article intéressant. Je me fiche de ce genre de presse à sensation. Je n'aimerais pas faire ce que l'on voit partout dans des milliers de journaux. Procurer la chair de poule ou faire des reportages stupides qui n'apportent rien et qu'il vaudrait mieux ne pas faire. Au fond de mon cœur, je suis et je resterai toujours un artiste.»

L'œuvre de Werner Bischof a échappé à l'avalanche de publications – posthumes et non – à laquelle ont eu droit certains de ses collègues, comme lui photographes réputés. Werner Bischof, 1916-1954, publié en 1990 par la Fondation suisse pour la photographie et les Editions Benteli, garde ainsi toute son actualité: un bel ouvrage à redécouvrir sans crainte.

Werner bischof. Jusqu'au 12 mars 2000, La Filature, 20, allée Nathan-Katz, Mulhouse. Tél. 0033 3 89 36 28 28, du mardi au samedi de 11 h à 18 h 30, dimanche de 14 h à 18 h.