théâtre

Werner Strub, le magicien des masques, est mort

L’artiste bâlois avait posé ses masques sur toutes les scènes d’Europe. Sa fantaisie est indissociable de l’œuvre du metteur en scène Benno Besson

«Ses masques ne freinent pas, ils révèlent.» Jean Liermier, directeur du Théâtre de Carouge, salue avec émotion la disparition de Werner Strub, illustre facteur de masques né à Bâle en 1935 et décédé hier après-midi à 77 ans. Cet artisan hors pair récompensé par l’Anneau Hans-Reinhart en 2000 était célèbre pour ses masques complets, d’abord en cuir puis en tissu, souvent ornés de matières végétales (herbes, fleurs séchées, paille) ou organiques (poils, fourrure, laine) que le comédien enfilait comme un vêtement et qui, épousant le profil du personnage, ne nécessitaient aucune gestuelle particulière.

On ne peut dissocier le nom de Werner Strub de celui de Benno Besson, grand metteur en scène et directeur de la Comédie de Genève entre 1982 et 1989. Ensemble, ils ont multiplié les collaborations dont le mémorable Oiseau vert, en 1982, farce de Gozzi qui a enchanté le public et la critique pour son déploiement visuel et sa verve caustique. Même éblouissement pour Le Cercle de craie caucasien, de Bertolt Brecht, en 2000, où, tel que le disait Besson lui-même, le masque permettait «d’inventer des mondes». Suite au départ de Benno Besson de la Comédie à la fin des années 1980, Werner Strub, moins sollicité par le théâtre, a créé des pièces autonomes, masques à base de fils de couture qui prenaient leur volume une fois suspendus et éclairés au projecteur.

«Effet magique», garantit Jean Liermier qui a bénéficié des talents de Werner Strub pour On ne badine pas avec l’amour, de Musset, créé en 2004. Ses masques en mousseline de soie avec les yeux peints sur un tulle prêtaient un effet figé aux figures tutélaires de cette farce cruelle et «ont beaucoup contribué au succès du spectacle», témoigne le directeur du Théâtre de Carouge. Même s’il se faisait plus rare sur les scènes, le travail de Werner Strub est à l’affiche ces jours. Ses masques et ses costumes volontairement enfantins donnent leur caractère singulier, cet étrange effet de distanciation, à la mise en scène de Léonce et Léna, proposée par Eric Devanthéry à l’Alchimic, à Genève.

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